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04 - 06 - 2014


Nous y voici ! Bamako, Mali, et il fait très chaud, 35 degrés ! Nous avons aperçu beaucoup de soldats de l'ONU, de chouettes officiers maliens, et des vendeurs de cartes SIM surexcités.

Nous logeons chez Julien Chauvet dans le quartier Hippodrome.

Julien travaille pour une ONG ici au Mali. La maison à un grand jardin, avec son ''singe gardien '' (George).

Hier soir nous sommes sortis dans la rue Bla Bla  (c'est comme cela qu'on l'appelle). Nous avons bu quelques bières et mangé du poulet grillé, accompagné d'une sauce au piment bien piquante, qui est faite de manière traditionnelle depuis des milliers d'années, et qui se transmet de génération en génération. C'est exactement ce que nous recherchons pour la musique !

Ce matin nous avons rencontré notre guide Sidibe Boss. Il travaille avec un producteur international de musique et guide ceux qui veulent trouver des musiciens locaux. Nous lui avons demandé de nous emmener au plus grand nombre de concerts possible.  Nous voudrions rencontrer le groupe de joueurs de balafon Ben Zabo's, que Schneider à vu auparavant à Berlin.

Tout le monde parle de la guerre au nord du Mali. Le tourisme dans ce pays s'est arrêté totalement, du fait que tous les sites touristiques se trouvent  dans la partie nord du pays. Sidibe a pour habitude d'être guide touristique, maintenant il emmène les journalistes à Tombouctou, Gao, Kidal.

À la fin de cette première journée complète à Bamako, nous avons l'impression d'avoir été ici depuis une semaine déjà. Les impressions sont vraiment intenses ! Nous avons vu plusieurs groupes de musique. Dans le  District de Bamako, Dirk a spontanément improvisé avec certains d'entre eux. Nous sommes allés au marché des féticheurs, qui contenait énormément de reliques d'animaux : serpents, insectes, têtes de mort séchées de singes, hyènes, ânes et d’autres que nous n’avons pu identifier ! Tout cela dégageait une odeur particulière...

On s'est senti comme étant les seuls touristes sur le marché depuis des semaines, ou des mois et donc nous étions constamment interpelés par les vendeurs de marchandises de toutes sortes : colliers, instruments, chaussures, noix de kola (goûteuses et rafraichissantes)

, ainsi qu’un tas de produits sculptés (allant des chaises à la statue d'hippopotame grandeur nature !).

La nuit tombée nous nous sommes rendus au Coin Rouge, une discothèque équipée d'un énorme système  son.

Le " Saba Woussouf Groupe '' y jouait : une guitare et 5 tambours : principalement des tambours Saba style sénégalais, joués avec une main et un bâton (réellement un bâton et pas une baguette de batterie). Le son n'était pas amplifié, mais était néanmoins extrêmement puissant, tel un feu d’artifice.

L'hystérie polyrythmique des tambours coïncide avec les mouvements extrêmement énergiques des danseurs.

Chaque danseur avait les yeux rivés sur le batteur qui menait la rythmique, et on ne pouvait pas dire qui réagissait à qui dans cet intense vortex énergétique.

À la fin le guitariste s'est lâché, jouant dans un style à la Hendrix, utilisant sa Stratocaster de manière très phallique ou encore comme un fusil.

>> http://www.youtube.com/watch?v=y2OjpFp4tCQ

Tôt le matin, Sidibe Boss,  qui semble être connu de tout le monde à Bamako, a organisé un DJ set pour Scneider TM au '' Coin Rouge " le 28 juin.




05 - 06 - 2014


Ce matin, Georges, le singe de la maison, a du être libéré de sa laisse emmêlée pour la 3e fois. Son radius est réduit à quelques centimètres, et personne mis à part nous ne semble s'en soucier.

Nous allons de l'autre côté du Niger. Le fleuve est vraiment large, pas de courant apparent et il y a sur les deux rives de larges marrais la lessive est faite et les chèvres broutent.

Nous visitons le Studio Mali. Fondé en 2002 par Konan Kouassi et Paul Chandler. Un nombre incalculable d'albums on étés produits ici et la musique du désert s'est connectée à la musique urbaine ouest-africaine.

>> http://www.studiomali.com/

Konan est un producteur et ingénieur du son à la fois aimable et compétent.

Il a enregistré ici dans ses studios le nouvel album de Samba Touré, à partir duquel Schneider à remixé le titre '' Be Ki Don'' en '' Cockpit Dub''.

Schneider a joué son remix à Konan, mais nous ne pouvons pas vraiment dire s’il l'a aimé.

Konan nous a fait entendre sa dernière production. Les deux albums de Lamine Traoré sont totalement hallucinants ! Sa femme japonaise et lui ont mixé la musique africaine avec des éléments japonais. Superbe!

Konan dit que son business est en recrudescence. De plus en plus de jeunes artistes enregistrent simplement avec leur téléphone s’épargnant ainsi un investissement auprès des studios d'enregistrement professionnels.

Nous avons comme objectif de trouver le joueur de balafon du groupe de Ben Zabos, mais il n'est pas en ville. Samedi, Ben Zabo et son groupe jouent un petit concert dans un club et nous sommes impatients d'y être.

Après la tempête dans la nuit l'air est lourd et humide.

Nous avons visité le meilleur cybercafé de Bamako qui a une connexion satellite pour uploader sa page d'accueil. La connexion reste pourtant aussi nulle qu’avec un modem 56K.

Les nuits de jeudi et vendredi vont être longues avec des concerts un peu partout donc nous sommes partis pour une après-midi tranquille en terrasse, nous trions et nous étiquetons les vidéos et les photos, tandis que Karim en profite pour nous donner un petit cours de Bambara supplémentaire.



06 - 06 - 2014


La nuit, les moustiques arrivent après une forte pluie. Les moustiquaires ne sont pas fixées sur les plafonds peu solides et n’arrêtent pas de tomber. Vaut-il mieux les remettre en place ou continuer à dormir?

Petit-déjeuner à “La relax” un café franco-libanais qui est plutôt très supérieur si on considère les normes locales.

À chacune de nos visites, nous y voyons des soldats allemands maladroits dans leurs uniformes camouflages avec leurs fusils accrochés aux jambes.

Bien que nous ne soyons arrivés que depuis deux jours, nous avons déjà été confrontés à une telle pauvreté que l’étalage de tartes et pâtisseries à la crème dans la vitrine du café nous semble presque pervers.

Il y a deux montagnes au nord de Bamako. Nous pouvons voir sur l’une d’elles le palace blanc et propre du Président malien. Sur l’autre sommet, appelée ‘Point G’ se trouve le poste émetteur de TV Mali, juste à côté d’un centre de fitness flambant neuf et abandonné qui offre une vue incroyable sur toute la ville de Bamako. Petite session de mise en forme afin d’être d’attaque pour la journée.

>> http://youtu.be/ZOg4EbSItgk

Philippe, le manager de Samba Tourè, est malade, donc au lieu de le rencontrer, on visite le musée national du Mali. Nous sommes les seuls visiteurs depuis un bon moment. Le musée est assez petit mais il possède une impressionnante collection de masques et de fétiches. Des statues magnifiques, comme nous en avons rarement vues, très saisissantes.

Nous entrons dans la pièce plus sombre consacrée aux masques et fétiches Dogon. Nous y voyons deux Kono-fétiches Dogons, une tête de monstre avec des poils de porc-épic et des cornes qui nous donne la chair de poule et un visage double avec deux bouches grandes ouvertes. Avant que nous nous approchions des masques, Sidibe parle doucement mais intensément avec ‘doubleface’. Il nous explique le pouvoir et la force de ces fétiches... Nous sortons du musée, très impressionnés.

Nous allons de l’autre côté de la rivière en voiture, nous passons d’abord par un quartier où se trouvent des ambassades (dont l’ambassade allemande) et de petits immeubles abritant des bureaux. Le bâtiment Friedrich Ebert Stiftung est protégé par des murs de 3 mètres de haut, des barbelés OTAN et un service de sécurité.

Au bout de la rue nous arrivons à un agglomérat de petites huttes. À travers les chemins boueux, les parcs à chèvres et les huttes endormies, un jeune femme nous guide jusqu’à un congélateur profond dans lequel il y a de gros blocs de glace et des poisson-chat géants qu’on appelle ‘Capitaines’ et qui viennent du fleuve Niger tout proche. Nous en achetons un petit. A côté de quelques bateaux, des enfants jouent avec des chèvres au bord de la rivière.

Quand nous rentrons nous croisons un mime au visage peint en blanc qui arbore sur sa poitrine le logo de l’Union Africaine. Autour de lui tout le monde est ravi et prend des photos.

De retour à la maison, Sidibe prépare pour nous le poisson avec une délicieuse sauce aux légumes.

Après un moment de détente, nous quittons la maison vers 23h pour faire l’expérience d’un vendredi soir à Bamako. Nous jetons d’abord un oeil au ‘Sira’, un bar en plein air tenu par un Français. C’est un endroit superbe et l’atmosphère est détendue sous le ciel nocturne. Il y a beaucoup de blancs, plutôt des jeunes bien habillés que des voyageurs avec sac à dos. Il y a aussi quelques Français plus vieux qui boivent du vin rouge et qui nous semblent être un peu comme une relique coloniale à l’air inaccessible. D’une certaine manière, les travailleurs de L’ONU et le décor nous rappellent le camp colonial français dans Apocalypse Now.

Un groupe joue de la musique africaine à la sauce européenne et nous quittons les lieux. Retour à ‘Coin Rouge’ qui va devenir notre deuxième maison sur Bamako. Le son et la qualité du groupe de ‘Coin Rouge’ sont évidemment plus en phase avec nos goûts et nos âmes. “Jouer carré ne veut pas forcément dire jouer juste” Schneider renchérit “La précision, c’est jouer la bonne note au bon moment et ça n’est pas quelque chose qu’on peut compter”.

Le groupe se compose d’une batterie, une basse électrique, une kora et trois guitaristes qui tournent. Le chanteur principal est un vieux rasta mais il n’a ni dreadlocks ni drapeau jamaïcain et il chante dans un style plutôt arabisant que nous avons déjà entendu auparavant dans certains enregistrements Touaregs.

Le concept de la soirée c’est que le groupe groove à mort tandis que le chanteur et un deuxième MC vont de table en table et improvisent des paroles ayant pour sujet les spectateurs, en particulier leurs qualités, leur beauté physique, leurs beaux vêtements, le fait qu’ils vont bientôt avoir de la chance etc.

Ils continuent de chanter à la même table jusqu’a ce qu’une des personnes mentionnée dans la chanson leur donne de l’argent. C’est tout simplement génial!

Nous buvons de la bière locale et mangeons des brochettes de boeuf savoureuses, avec des ognons et de la sauce piquante.

Prochaine étape le ‘Obama Club’, une boîte de nuit branchée populaire auprès des jeunes de Bamako. Les noms d’ Obama, Martin Luther King, Nelson Mandela et Bob Marley sont tagués partout sur les murs et des ados dansent sur la piste sur des remix africains de samba, sur Bob Marley et Tiken Jah Factory.



07 - 06 – 2014


Aujourd’hui notre voiture est tombée en panne. C’est une Mercedes 190D rouge prune, comme ces voitures de nôtre enfance en Allemagne. Il semblerait qu’il n’y ait que ça à Bamako, beaucoup sont aussi repeintes en vert-jaune pétant ou en doré métallisé. On voit bien ici l’ingénieux système de recyclage qui a cours, les voitures qui arrivent de l’étranger fournissent des pièces de rechange pour tout le monde. Comme nous n’avons plus de voitures, nous nous déplaçons maintenant à moto, Schneider-Easy-Rider est avec Arved sur une imitation Yamaha et Sidibe avec Julian sur une KTM chinoise. La circulation est chaotique mais fluide, car tout le monde fait attention, les gens se regardent les uns les autres plutôt que d’avoir les yeux rivés sur les feux de signalisation.


Notre voyage nous emmène au fleuve Niger dans la banlieue est de Bamako, jusqu’à un ancien site sacré soufi. Depuis 2002, un énorme pont construit par les chinois pendant la coupe de foot africaine passe au dessus. Partout, il y a des sacs en plastique rejetés par le fleuve. Pourtant, l’endroit reste magique. Le lit de la rivière est fait d’une roche volcanique noire qui lui donne un aspect lunaire. Des centaines d’hirondelles de rivage volent tout autour et la chaleur donne à la scène une lueur surréaliste.

Les Soufis ont construit ici même des huttes de pierre pour prier et pour faire des sacrifices aux fétiches. Sur plusieurs pierres on a écrit à la peinture blanche les mots ‘ALAKIRA’ ALA=Allah, KIRA= Le Prophète ou ‘VIOLENCE ALAKIRA’.

Sidibe veut être seul un moment et va à la rivière pour prier, on dirait qu’il rappe en hommage aux esprits.

De retour à Bamako nous faisons une pause dans la cour du petit hôtel ‘Tamala’, c’est là que nous logerons à nôtre retour car la villa Chauvet où nous résidons pour le moment est très sale et qu’il y a plein de trucs pourris dans la cuisine.

Notre prochain rendez-vous est avec Paul Chandler qui dirige le studio Mali. Nous le rencontrons au ‘Bla Bla Bar”, un des endroits les plus chic de Bamako, et il est accompagné d’Anza, son manager de production. L’endroit est plein de Français, de Chinois et de beaucoup de soldats. Notre réunion est très intéressante, nous en apprenons un peu plus sur le pays, son histoire complexe mais aussi la richesse de sa scène musicale. Paul a plus ou moins stoppé son projet Studio Mali, car l’activité de l’industrie musicale s’est en quelque sorte arrêtée. On ne trouve plus de magasins de disques, le nouveau truc c’est le partage de fichiers.

Paul enseigne à l’école internationale et travaille à un film documentaire sur la musique malienne ainsi qu’à un concert/ programme de réconciliation qui réunit un vingtaine de communautés dans tout le pays, mais surtout du nord. Chez lui, Paul a plus de 80 guitares qu’il utilise comme une sorte de monnaie d’échange pour faire de la musique. En effet, Lors de certains concerts de soutien les gens paient leur place avec une guitare, et les musiciens jouent pour une guitare.

Nous allons au ‘Savana’ avec Paul et Anza, il s’agit d’un restaurant en plein air typique où des musiciens jouent live. Baba Salah de Gao, qui vient du nord du Mali joue ses morceaux du désert. Paul nous présente et Schneider est invité à se joindre aux musiciens. Ensemble, ils jouent un morceau d’Ali Farka Touré. C’est un super moment.

Arrêt suivant le club ‘Radio Libre Bamako’ du célèbre Tiken Jah Fokoly.

>> https://www.facebook.com/pages/Radio-Libre-Bamako/145947002113503

Il y a de la musique sur deux étages: en bas nous voyons Ben Zabo (qui a joué un set endiablé au Berghain de Berlin l’année dernière). Ce gars a de l’énergie a revendre et lui et son groupe jouent des morceaux afro beat géniaux. Schneider et Zabo sont contents de se revoir.

Au deuxième étage se trouve une scène plus grande, (environ 300 places assises) et le public s’entasse sur des chaises alors que des danseurs et des chanteurs célèbrent une équipe de football locale. Parmi la foule nous remarquons une femme petite qui semble sur le point d’accoucher, ce qui ne l’empêche pas de danser comme une folle pour les joueurs de foot. Après l’équipe de foot, c’est au tour d’un généreux mécène qui a donné beaucoup d’argent au groupe d’être célébré. Le groupe ne fait pas que glorifier cet homme ils chantent des chansons expliquant à quel point il est formidable. On se dit que ce serait une idée marrante de  transposer ça à la scène musicale allemande. À qui donnerait-on 2500€ pour passer 5 minutes d’un concert à chanter une chanson à notre gloire? Pour Arved, ce serait Rammstein, pour Schneider DAF et pour Julian Tocotronic.

Il est super tard quand nous rentrons à la maison. Le taxi n’a pas de pot d’échappement et nous volons sur un nuage d’infra basses au dessus des eaux noires du fleuve Niger.


08 - 06 – 2014


Nous nous levons à 5 heures du matin, après seulement deux heures de sommeil et Sidibe nous amène à l’arrêt de bus. Nous embarquons dans un gros car pour un voyage de 10 heures jusqu’a Bobo-Dioulasso. Le bus est bondé et l’atmosphère est très détendue. Il y a de nombreux enfants qui sont assis sur les genoux de leurs mères respectives, ils sont tranquilles et certains nous sourient avec curiosité. Plus nous nous éloignons des abords étendus de la ville plus les villages sont jolis et propres. On n’y voit pas de maisons classiques mais des huttes en alcôves ou rondes avec des murs en terre et des toits de chaumes, des petites mosquées et des grands centres scolaires. Sur les bords de route, comme dans la grande ville de Bamako, on trouve à vendre tout ce qu’on pourrait imaginer. On peut voir des animaux de ferme, ânes, poulets, vaches, chèvres, moutons etc. Il y a aussi des petits stands avec assez d l’huile de moteur pour des milliers de motos et mobylettes. La nature est très verte comme ces images du Jardin d’Eden qu’on nous montrait dans les livres d’enfants.

Devant la plupart des maisons il y a une Mercedes Benz 190 D et en même temps nous voyons une grande pauvreté.

Après 6 heures de voyage nous atteignons la frontière du Burkina Faso. Pendant les formalités de passage de frontière, tout le monde doit descendre du bus 5 fois pour faire tamponner ses papiers ou pour les contrôles de douanes. On en profite pour acheter des noix, des boissons, des bananes et pour essayer de fumer, mais on a à peine tiré deux taffes qu’on doit déjà se dépêcher de remonter dans le bus. Toute l’affaire se passe de manière agréablement décontractée. Les gardes frontières burkinabés font quelques blagues en allemand à notre propos et nous attendons que nos papiers soient tamponnés assis sur des chaises sur la pelouse à l’ombre d’un toit de chaume. Au Burkina, les villages qui bordent les routes sont très pittoresques et la terre a une couleur rouge profond qui contraste avec le vert luxuriant de la végétation. Les gens qu’on voit dans la chaleur de l’après midi sont soit en train de labourer soit assis à l’ombre. Les enfants jouent au football ou sautent partout en riant. Lors d’un des arrêts de passage de frontière nous apercevons une bande d’orphelins à l’air sauvage.

Vu ce qu’on nous en avait dit au Mali, nous nous attendions à avoir du Burkina Faso une première impression  différente. Après une heure passée à rouler au milieu d’une nature à couper le souffle où il n’y a presque pas de déchets plastiques nous atteignons Bobo-Dioulasso. La voilà, avec environ 500 000 habitants, c’est une ville bien plus décontractée que Bamako qui en compte 3.5 millions. Ismael, le chauffeur de taxi envoyé nous chercher par nos logeurs, nous reçoit dans un grand éclat de rire, il nous tape dans le dos et fait des blagues en anglais. Nous lui posons des questions sur les balafonistes et les concerts. Il nous donne quelques infos sur la riche scène musicale locale et nous recommande une visite à Gaoua, le centre de la communauté Lobi où il y a des joueurs de balafon excellents. Schneider lui demande s’il connait Hien Bihoulete, un des balafonistes de Gaoua qui pourrait être encore en vie et qui joue sur les deux CDs à l’origine de ce voyage. Après un moment de réflexion Ismael lui répond ‘Bien sûr, il joue tous les weekends à Gaoua’ Schneider ne sait pas s’il doit rire ou pleurer, doit-il croire ce qu’il vient d’entendre? Peut-être qu’il y a eu un malentendu à cause de sa prononciation française inexacte!

Arrivés à la villa B&B Bobo nous nous sentons immédiatement à l’aise. Le soir nous allons dans un maquis (une large cour avec cuisine, scène et système son) pour manger un petit quelque chose. Un peu plus tard il y a un concert de hip hop donné par un club de jeunes local. Après nous avoir personnellement salués depuis la scène et avoir remercié le parti des travailleurs communistes, le MC annonce ‘Cool-Man’ qui déclame ses raps sur deux morceaux préenregistrés. Nous sommes malheureusement trop fatigués par le voyage pour rester même si nous en aurions envie. Les deux autres interprètes sont déçus que nous partions et nous vendent deux autres albums de musique traditionnelle de la région. Un des albums est joué par un groupe japonais.

Le lendemain matin, c’est Maïs, la tortue de la maison qui nous salue la première.


09 - 06 – 2014


À la villa Bobo, nous dormons à trois dans une petite chambre. Ensemble, on doit s’ajuster, comment fonctionner? Fenêtre ouverte, ventilateur et pas de clim (car c’est en sus), ou bien fenêtre fermée, pas de ventilateur et clim à fond?

Nous prenons un petit déjeuner français typique à la villa. Nous récupérons après la longue route de la veille et organisons nôtre séjour à Bobo. Xavier, le propriétaire, nous aide beaucoup. Il décrit la situation des musiciens à Bamako, une forte demande pour de la musique live, mais aussi beaucoup de musiciens et de groupes sur le marché.

Au Burkina, deux tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Un quart des enfants meurent en couches ou en bas âge. L’espérance de vie est de moins de 50 ans. Le système agricole en autosuffisance, qui rend la situation un peu plus supportable, se retrouve maintenant menacé par une initiative du G8 particulièrement stupide. Pour faire court, les fermiers auto-suffisants vont être délocalisés et les terres seront équipées d’un système d’arrosage financé par le G8. Ces terres seront ensuite louées net d’impôts à de grosses entreprises agricoles. Du coup les familles de fermiers ne pourront plus suffire à leurs besoins. Avec un peu de chance, certains fermiers seront employés par les entreprises, mais avec des conditions de travail déplorables, la pauvreté laissera alors la place au désespoir.

À la villa Bobo nous rencontrons un charmant couple belge qui nous aide à traduire notre blog. Xavier nous met en relation avec Wamian. Il s’agit d’un musicien qui, avec sa femme Hélène, est propriétaire de Salamanke, le maquis où nous avons passé notre dernière soirée.

Le père de Wamian est un balafoniste qui a joué avec Farafina, un groupe venant de Bobo qui a eu beaucoup de succès dans les années 80/90. Ils ont joué au festival jazz de Montreux et au stade Wembley pour la soirée d’anniversaire de Nelson Mandela, ils ont beaucoup tourné.

Wamian joue sa musique: du hip-hop africain mélodique aux sonorités chaudes, joué avec des instruments traditionnels. Les paroles abordent  généralement  des thématiques politiques ou sociales.

Wamian est né dans une famille de griots. Les griots sont des musiciens, mais ils rapportent et commentent aussi  les évènements importants et les conflits. En tant qu’héritiers des chants de leurs ancêtres, ils détiennent la connaissance de l’histoire d’un village, d’une ville ou une région. Au sein du système traditionnel de classe et de castes ouest africain, les griots représentent une caste distincte et à part. La seule caste à être aussi singulière est celle des forgerons. Toutes deux sont connotées de magie et de spiritualité. Les forgerons sont les maitres du feu, ils fabriquent les armes et les instruments employés pour la circoncision, les griots sont les maitres des chansons et des histoires. Même au siècle dernier un noble propriétaire aurait eu la permission d’épouser la fille d’un esclave mais pas celle d’un Griot. Les Griots eux même étaient uniquement autorisés à se marier avec d’autres familles de Griots et il en allait de même pour les familles de forgerons. Ceci a mené aux lignées de Griots telles que les Diabaté, qu’on retrouve en Guinée, en Gambie, au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, et en Côte d’Ivoire.

Le soir, Wamian et sa femme Hélène nous retrouvent et nous nous faisons mutuellement écouter de la musique et découvrir des vidéos. Wamian a des enregistrements spéciaux de concerts de grande qualité. Demain, il va essayer de nous présenter à un groupe, et peut-être aurons nous la chance d’entendre son père jouer.

Nous lui montrons les pochettes des CDs Lobi, Tiaporté, Traore, Bihoulétè, mais il ne les connait pas. Néanmoins nous devons nous rendre dans le pays Lobi dont il nous parle afin d’entendre jouer ces superbes et authentiques balafons.



10 - 06 - 2014


Nous mettons un peu d’ordre dans nos données et partons manger un peu de viande de mouton au coin de la rue. On trouve partout de minuscules boutiques où on peut acheter des cigarettes, des fruits, du maïs grillé ou de la viande.

Notre amie Sarata qui vit à Berlin mais qui a grandi à Bobo nous a prévenus que cette ville était géniale mais nous sommes submergés par l’émotion. Les gens  sont très gentils et ouverts. La nourriture n’est pas la meilleure que nous ayons jamais mangée mais plus tard nous dégustons un délicieux café Touba, aromatisé de gingembre et d’autres épices, ça a goût incroyable.

À Salmanké nous retrouvons Wamian. Il nous présente aux musiciens du "Cheik Chow". Deux coras basses et un morceau de métal pour les rythmes aigus. La cora trouve ses origines dans l’ancien pays N’goni. Cheik Chow joue super bien, ils ont un gros son intense qui peut faire penser à du drone, ça se marie très bien au jus de fruit au rhum que nous sirotons. Les musiciens nous expliquent qu’ils voudraient enregistrer un album mais que ça coûterait environ 400.000 CFS (à peu près 600€)  pour le produire.

Nous conduisons jusqu’au musée des instruments à Bobo. C’est assez petit mais néanmoins très informatif et intéressant. Nous voyons d’abord un documentaire d’une demi heure sur la musique traditionnelle du BF, nous en apprenons par exemple plus sur la ‘Gan’, percussion des anciens rois construite avec un bois issu d’un arbre tombé avec fracas, dans le tronc duquel on ferait brûler une tête de lion. Tous les ans, un sacrifice humain devait avoir lieu pour honorer la percussion royale qu’on pouvait entendre à 40km. Plus tard, l’armée française est partie à la recherche de cette percussion et l’a détruite, et c’est depuis ce temps que le roi a perdu ses pouvoirs. Et bien sûr aucune percussion nouvellement construite n’aura jamais le pouvoir de la Gan originelle.

Nous voyons beaucoup d’instruments dans le musée, des instruments de chasse, et d’autres comme ceux de ‘Cheik Chow’ ou comme les balafons lobi et senoufo qui ont le même nombres de lames mais qui sonnent différemment et correspondent au langage propre de leur tribu. Le joueur de balafon parle avec et à travers son instrument.

Nous continuons notre voyage avec Wamian et nous rendons visite à son père, Baba Diarre. Nous pénétrons dans une belle cour où la famille nous attend. Les frères et soeurs, les cousins, les enfants et un vieil homme dans un costume spectaculaire assis sur un vieux canapé en bois devant le plus beau balafon que nous ayons jamais vu. Il a été construit par Issouf Keita, dès qu’on le voit on comprend immédiatement que ce n’est pas seulement un instrument mais aussi une oeuvre d’art. On ne peut pas le comparer avec les instruments ruraux que nous avons vus au musée. Baba joue incroyablement bien, une musique très raffinée et haut de gamme. Ce musicien honorerait de sa présence n’importe quelle scène philarmonique.

Malheureusement nous devons bientôt partir. Wamian vérifie s’il n’y a pas un concert ce soir mais on est mardi et il ne se passe pas grand-chose.

Nous marchons jusqu’à la rue Bolomakoté, où se trouvent quelques bars et quelques maquis. Le weekend ça pourrait ressembler à quelque chose comme le quartier de Reeperbahen à Hambourg mais ce soir il y a seulement deux bistrots ouverts et nous choisissons celui ou la musique est forte. C’est une sorte de Baile-Funk du coin, mélangeant des rythmes traditionnels et du dubstep, avec des voix auto-tunées et des lignes de basse distordues.

Une petite trentaine de personnes sont assises sur des chaises en plastique et boivent de la Brakina, une bière locale savoureuse avec un signe Yin-Yang sur l’étiquette. Il y a autour de nous beaucoup de vieux manguiers et de grosses chauves-souris volent d’un arbre à l’autre. Quand le volume de la musique diminue on les entend piailler.



11 - 06 – 2014


Notre rendez-vous avec Wamian est dans l’après-midi, donc nous mettons de l’ordre dans nos documents et faisons un peu de tourisme. Nous allons voir la vieille mosquée et le quartier ancien à côté. Il y a quelques boutiques touristiques mais la plupart de ces bâtiments qui datent du 11eme siècle sont inhabités. Entre les maisons on voit de petits fours pour préparer le dolo, et des autels de fétiches. Des enfants courent tout autour.

Le vieux quartier est divisé en quatre sections, dans l’une d’elles il y a des graffitis Barça partout et dans une autre des tags Real Madrid.

Nous visitons la hutte des rassemblements  où se situent deux autels, l’un pour l’éducation des enfants et l’autre pour les mariages. Des poulets y sont habituellement sacrifiés.

Nous suivons notre guide et arrivons à la rivière, le fleuve magique. Il coule à 10 mètres en dessous de nous mais il y a très peu d’eau. Dans le lit de la rivière se trouve une petite marre pleine de poisson. Les locaux disent qu’ils sont sacrés. Si un poisson meurt, il est enterré. Si quelqu’un attrape un de ces poissons-chats pour le manger, les animaux, les plantes et tout ce qui est vivant se transforme en poisson, jusqu’a ce que le poisson volé soit rapporté sans encombres.

La mosquée est vraiment très belle, avec ses vieux murs imposants faits de teck et de mortier enduits à la chaux. Les poutres en bois caractéristiques qui sortent des murs servent simplement à refaire les enduits sans avoir à utiliser une échelle.

Schneider se cogne la tête violement en pénétrant dans la petite entrée de la mosquée et casse un peu de mortier.

À l’intérieur de la mosquée il y a essentiellement des piliers avec de petits passages. Ce décor tranche crument avec la ville au dehors. Des hommes dorment sur des matelas dans a fraicheur des couloirs. Nous apercevons le pupitre de l’Imam à côté d’un micro Panasonic pour les enceintes années 70 qui se trouvent sur la tour de la mosquée.

Nous reprenons la route pour retrouver Wamian au Salmanke, puis nous allons en voiture à l’atelier d’Issoud Keita. Ses balafons sont sans aucun doute les meilleurs du monde. Nous entrons dans une cour où des hommes sont en train de travailler à l’ombre sur de très petits balafons, à côté de tas de calebasses séchées. Keita est actuellement au Mali mais nous sommes accueillis par Genio, son neveu, qui construit également des balafons. Il nous explique les étapes complexes de ce procédé. Depuis la cuisson du bois pour les lames jusqu’au montage des calebasses et à l’accordage. Les instruments sont vraiment très beaux. Chaque détail est magistralement réalisé et ces balafons sonnent magnifiquement bien. Surtout dans les basses qui donnent l’impression que le paradis et la terre vibrent ensemble. Schneider commande un balafon à douze lames, qui sera spécialement construit pour lui. Il sera prêt quand nous repasserons sur le chemin du retour.

Nous montrons à Genio les pochettes de nos CDs Lobi, mais malheureusement il ne connait pas Tiaporté, Bihoulétè and Tioiontè.  Nous lui faisons écouter la musique lobi et lui et les musiciens qui sont là trouvent qu’elle a un côté space amusant.

Nous demandons d’où viennent les calebasses et ils nous montrent un parterre dans la cour où pousse une petite plantation de calebasses.

Les balafons Keita sont ‘du jardin’ et leurs concurrents suisses qui dominent le marché européen optent eux pour des calebasses en papier mâché.

Donc, si vous voulez acheter un balafon, allez chez Keita : http://baragnouma.com/fr/3_issouf-keita

Nous sommes assez euphoriques quand nous quittons l’atelier. Nous conduisons un peu plus loin, et quand nous descendons de la voiture c’est encore plus la folie. Nous entrons dans un maquis, le dolo, la bière de millet, est brassée dans un four fumant, deux joueurs de balafon et quatre batteurs attendent sous un toit de paille, prêts à jouer ce que nous considérons comme de la musique typique de Bobo, moins raffinée et élégante que ce que joue Wamians Baba mais tout à fait dansante.

Sur certains passages le batteur change mais les joueurs de balafon lead, de balafon rythmique et de djembé restent les même durant tout le concert. La musique commence par une phase d’exposition des thèmes, pas vraiment clairement des chansons, mais la communication entre les musiciens commence. Hakali, le leader du groupe commence un thème/dialogue, le joueur de balafon rythmique s’en empare et joue une boucle en dessous, le djembé entre dans la danse graduellement, puis le thème change et il y a un échange entre le djembé et le balafon lead.

Ils jouent ensuite tous ensemble et se mettent à groover. Ils entonnent alors des CHANSONS SUR NOUS ! Ils commencent par Wamian, puis Schneider, puis Julien et enfin Arved. Tout le monde a droit à son hymne de 4mn.

Nous sommes tous sincèrement touchés.

À la fin de chaque hymne, celui dont on vient de faire l’éloge met un billet sur le front du meneur. Il y a à peu près 30 personnes dans la cour, et devant chacune d’elle une calebasse de dolo. Les gens commencent à danser et nous ressentons le besoin de nous joindre à eux. Tout le monde s’amuse beaucoup. Nous sommes littéralement pleins de dolo et au bout de 90 minutes de set le groupe est épuisé, nous rentrons à la maison après les avoir longuement et sincèrement complimentés.

Sur une recommandation de Tina et son ami, nous nous rendons dans un restaurant grill de rue et nous mangeons du poisson avec des ognons, des frites et de la sauce piquante. Ça a un goût absolument fantastique. Nous discutons de l’animisme et des fétiches. Une religion qui se base totalement sur l’ici et le maintenant. Il n’y a pas de méta-individu qui aurait le pouvoir, seulement l’objet concret et vivant. Au fil de la conversation nous en arrivons à parler de la NASA, un sujet bien éloigné de ce moment passé assis en terrasse d’un restaurant grill au bord d’une route dans la chaude nuit de Bobo-Dioulasso.



12 - 06 – 2014


Nous nous levons très tôt et prenons un taxi pour la station de bus avec toutes nos affaires. Nous partons à 7h30 et parcourons 200km jusqu’à Boromo pour retrouver un ami d’un ami de la soeur de Schneider. Il s’appelle Issaka Yameogo et il va nous emmener à Gaoua. Peut-être que son contact nous offrira un heureux concours de circonstances ?

Un grand merci en passant à Silvie Bovarnick et Axel Kiese pour leur soutien !

Après un croissant et du café au lait en poudre nous prenons la route.

Le bus est plein, il n’y a pas de toilettes. Ce n’est pas très marrant pour les deux d’entre nous qui ont repeint les toilettes de la villa en tableaux de Pollock la nuit dernière.

Le chauffeur et son co-pilote sont en train de brancher leur clé USB sur la sono du bus, nous nous réjouissons à l’idée d’un aperçu intéressant de la musque africaine contemporaine, avec voix auto-tunées, beat durs et minimalistes et claviers euro-trash. Malheureusement, nous frémissons en entendant les premières mesures d’un vieux morceau de Scorpions.

Par chance, nos chauffeurs décident de nous passer Cyborg, un film d’action eighties avec Jean Claude Van Damme qui dure 90 minutes. Les images contrastent fortement avec les beaux paysages de campagne verte et rouge qui défilent par la fenêtre.

Nous traversons un parc national avec des éléphants invisibles et d’autres animaux sauvages. La route est vraiment bonne, certaines parties supplémentaires sont même en train d’être goudronnées. Soudain, il se met à faire très chaud dans le bus, et nous nous arrêtons sur la voie rapide au milieu de la circulation dense.

Le copilote sort une ceinture en caoutchouc de sous le siège conducteur et saute sur la route. Nous attendons et ça prend pas mal de temps, la clim est en panne. On sort se dégourdir les jambes. Au loin, un groupe de jeunes femmes qui portent différents sacs sur la tête s’approche. L’air chaud grésille et nous ne distinguons que leurs silhouettes floues, elle nous dépassent sans même jeter un coup d’oeil au bus et s’éloignent vers nulle part.

Nous remontons dans le bus qui file vers Boromo sur les quelques kilomètres restant. Boromo se révèle être une ville marché aux multiples aspects. Un important point névralgique entre Bobo et Ouagadougou.

Issaka nous attend déjà quand nous arrivons et il nous accueille chaleureusement.

Il parle mieux allemand que nous, car il est consultant officiel pour les professeurs d’allemand et qu’il a été en Allemagne et en Europe à de nombreuses reprises.

Nous nous asseyons dans un bar et nous buvons de la Brakina, une bière locale très rafraichissante, tout en parlant de nos vies. Encore une fois nous sommes émus par l’accueil sincère et chaleureux qui nous attend où que nous allions.

On trouve ici en abondance ce qui nous manque en Allemagne, il y a pourtant ici bien peu de ce que nous avons chez nous en abondance.

Beaucoup d’enfants entre 5 et 12 ans font la manche avec des boites de conserves vides accrochées à un fil.

Nous aimerions donner à chacun un billet et nous leur donnons quelques pièces, mais Issaka nous explique que ce sont peut-être des groupes organisés d’adultes qui leur prennent leurs gains. Même les enfants à qui nous ne donnons rien nous sourient et nous tapent dans la main.

Le bus pour Gaoua n’apparait pas. Il a déjà deux heures de retard. L’attente pompe notre énergie et nous mangeons une baguette savoureuse à l’oeuf et à la sauce piquante de poisson.

Pour se garer, les bus se font face et klaxonnent jusqu’a ce que l’un ou l’autre redémarre et recule.

Deux vieux messieurs nous saluent, ils sont extrêmement élégants, portant cane, costume traditionnel, chaussures de football fluo et de très cool lunettes de soleil.

Nous entendons au loin des bruits de métal et du reggae. Notre bus arrive, apparemment repeint à de nombreuses reprises avec des portraits de Bob Marley et du Che Guevara. Il a aussi des rétroviseurs et des enjoliveurs aux couleurs rasta. Un des pneus a éclaté non loin de Boromo.

Nous chargeons nos bagages et nous nous fourrons dans les dernières places libres.

Le chauffeur accélère direction le sud. Il n’arrête pas de klaxonner sur les cyclistes, les mères portant leurs enfants sur le dos, les cochons, les vaches, les chèvres et bien d’autres individus encore qui sautent hors de la route au dernier moment pour nous laisser passer et sauver leur vie.

Dans le même temps, après avoir passé du reggae, nos chauffeurs mettent de la musique africaine incroyablement belle et puissante. Juste de la caisse claire et de la guitare électrique légèrement distordue avec un son brillant qui fait penser à des cloches. Ça nous rappelle un mélange de Highlife ghanéenne et du premier album du groupe allemand Trio.

Le paysage devient plus intense, des rouges verts spectaculaires en trois dimensions. Cela semble être de la bonne terre agricole. On voit beaucoup de champs de pommes de terre et de petits lacs. Il y a déjà des petits villages à l’architecture lobi traditionnelle, sans entrée mais avec une échelle en troncs pour passer par dessus le mur d’enceinte. Ce sont les camps où séjournent les chercheurs d’or avec leurs voitures de sport ou leurs grosses cylindrées.

À un moment le mécanicien du bus ouvre une trappe dans le sol car il a entendu un bruit bizarre, il inspecte le moteur alors que nous roulons, on voit la route défiler sous nos pieds.

De temps en temps nous nous arrêtons dans des villages ou des passagers descendent. On peut alors acheter à manger et à boire. Lors du dernier arrêt avant Gaoua, une jeune femme monte dans le bus pour vendre des noix mais alors qu’elle attend que quelqu’un lui rende la monnaie, le bus démarre. Tout le monde rit dans le rasta-bus et elle devra voyager avec nous jusqu’a Gaoua.

À notre arrivée, Reno, un vieil ami d’Issaka passe nous prendre dans sa Mercedes 190D. Issaka a vécu et travaillé comme professeur à Gaoua pendant de nombreuses années. Ça fait longtemps qu’il n’est pas revenu et il est heureux de se joindre à nous pour rendre visite à son beau père et à ses vieux amis.

Nous roulons jusqu’à notre auberge qui est une construction en briques typique. La cour est superbe, ombragée par un grand nombre d’arbres, les geckos sont nos nouveaux copains.

Il y a environ 20000 habitants à Gaoua et c’est beaucoup plus calme et rural que Bobo. Tout et tous y semblent plus décontractés. Nous sommes dans une des régions les plus pauvres du BF, qui semble pourtant bien structurée avec son agriculture locale.

Issaka a un vieux copain qui joue lui-même du balafon et qui connait beaucoup de musiciens. Nous le rencontrerons pour le diner.

Nous marchons dans un coucher de soleil magnifique, sous la pleine lune qui brille. Nous dépassons la prison locale avec ses portes ouvertes, l’intérieur à l’air d’une oasis avec des palmiers et des petits potagers.

Issaka nous raconte que les hauts murs d’enceinte ornés de fils barbelés qui l’entourent ont été construits récemment, car les détenus allaient et venaient trop facilement. Nous faisons quelques blagues et imaginons les prisonniers et les gardiens sortant ensemble, buvant du dolo, écoutant de la bonne musique, puis échangeant leurs uniformes pour jouer à cache-cache.

Le professeur plus âgé ami d’Issaka s’appelle Somda et il est apparemment très content de le voir.

Nous nous asseyons, buvant et discutant. Somda parle lui aussi couramment allemand et nous explique qu’il est très occupé en ce moment vu que c’est la fin de l’année scolaire et qu’il travaille aux résultats de ses élèves. Les vacances d’été durent de juillet à octobre à cause de la saison des pluies. Personne ne peut aller à l’école à ce moment là car les rues sont détrempées. Somda nous donne l’impression d’être un vieux sage, le genre de gars qui fait penser à un certain personnage de la Guerre des Etoiles.

Schneider lui montre les copies des pochettes de CDs lobis et lui pose quelques questions sur les musiciens Hien Bihoulèté, Palé Tioionté & Kambiré Tiaporté. Il fait très sombre et il faut un long moment à Somda pour reconnaitre les noms, mais il les connait... ou pour ainsi dire les connaissait. Il nous raconte que Bihoulèté le balafoniste aveugle est mort en 2008,  et les deux autres musiciens sont morts encore avant cela.

Nous sommes déçus et notre voyage semble prendre un tournant triste. Alors que nous discutons tous les trois Somda passe un coup de téléphone et quelques minutes plus tard, quatre hommes arrivent et s’assoient à notre table. L’un d’eux s’appelle Roland, c’est un beau jeune homme qui porte un costume traditionnel et des lunettes en miroir, il parle très bien anglais. Il y a aussi Martin, qui se trouve être le fils de Kambiré Tiaporté.

Nous sommes très excités, Schneider, Martin et Somda commencent à parler des deux seuls CDs lobis disponibles dans le monde.

Martin examine de près les livrets et il semblerait qu’il les voie pour la première fois de sa vie.

Il ressort de notre conversation que personne à notre table ne connait ces enregistrements faits en 1991 et 1998 pour les 2 sorties sur OCORA/ Radio France, probablement parce qu’ils ont été faits pendant des fêtes où la bière dolo coulait à flots. Cette bière brassée localement nous rappelle un peu le vin de pommes de la région de Frankfort.

Bien sûr les familles des musiciens n’ont jamais reçu le moindre argent pour les ventes ou les royautés. Cela ne semble pas avoir d’importance pour Martin et Somda, Ils sont seulement étonnés et contents de voir les copies des livrets.

Nous discutons beaucoup et Somda répond à une question délicate que lui pose Schneider rapport à une éventuelle collaboration entre deux cultures musicales très différentes. Voici sa réponse :

« Ici, voilà comment ça marche : un balafoniste commence à jouer dans une cour ou dans un bar cabaret. En faisant cela il appelle d’autres musiciens qui peuvent tout à fait se trouver très loin dans un autre endroit mais qui reconnaissent son appel et savent que quelque chose va arriver. Il appelle les joueurs de Tam-Tam (une percussions avec deux peaux qui se joue posée horizontalement sur le sol) et aussi les joueurs de balafons jumeaux.

Quand ces derniers le rejoignent ils commencent à jouer une intro ensemble avant de commencer vraiment la chanson.

Scheider explique qu’il a eu l’impression d’être appelé il y a 10 ou 12 ans lorsqu’il a écouté pour la première fois le CD lobi au casque dans un magasin de disques de Berlin. Personne ne réagit à sa déclaration.

Nous mangeons du poisson grillé avec du riz et buvons de la Brakina. Une grosse cylindrée passe à toute allure et Somda nous dit qu’il s’agit probablement d’un chercheur d’or ayant eu de la chance, qui s’est payé une moto toute neuve et qui a pété les plombs. Beaucoup d’entre eux dépensent leur argent en voitures de course ou en motos, ils deviennent fous et meurent dans des accidents avec ces véhicules trop rapides.

Traditionnellement les Lobis ne s’intéressaient pas à l’or de la région et même quand ils en trouvaient accidentellement  il ne leur semblait pas opportun de le garder. Mais aujourd’hui les gens ont besoin d’argent pour nourrir leurs familles.

Nous fixons un rendez-vous avec Martin Tiaporté  le lendemain. Nous le retrouverons dans une maison où il va jouer de son balafon pour nous et répondre à quelques autres de nos questions.



13 - 06 – 2014


Pour le petit-déjeuner nous prenons un café au lait ainsi qu’une omelette extrêmement savoureuse préparée par Aisha, manageuse et cuisinière à l’auberge Donsamby. Elle l’a préparée avec les bons oeufs des poules de la cour, et aussi des ognons, des tomates et des poivrons verts et rouges. Au volant de la 190D empruntée nous allons avec Issaka au point de rendez-vous. Il s’agit d’une cour avec des murs en ciment et en terre et un très vieil arbre au milieu. Trois balafons et un Tam-Tam sont déjà installés. Martin, Roland, ainsi qu’un petit nombre de femmes, d’enfants et d’hommes nous accueillent et prennent place sur une sorte de terrasse.

Une calebasse remplie d’eau et d’un peu de farine dissolue est passée à la ronde et chacun y boit en la tournant un petit peu pour que la personne suivante puisse utiliser un autre endroit du bord pour boire.

Nous saluons à nouveau officiellement tout le monde d’une poignée de main.

Deux musiciens entament la ‘conversation’ entre les balafons et le tam-tam.

Le balafoniste est un vieil aveugle que nous avons salué plus tôt.

Martin s’assoit devant un balafon et ils commencent une courte intro. Une déferlante de break beats joués par deux balafons un tam-tam et des percussions annexes nous emporte. Le son est très proche de ce que nous avons pu entendre mille fois sur les CDs et nous sommes quand même sidérés. Une femme appelée Colette danse avec un style typiquement Lobi et les enfants se joignent à elle. La danse combinée à la musique créent une forte énergie et nous vidons nos calebasses à la hâte pour ne pas perdre une goutte de ce qui se passe.

Il est 10h15 et Schneider a les larmes aux yeux.

Après le premier morceau de 15 minutes il y a une courte pause et nous nous tombons dans les bras les uns les autres.

Muni des photocopies des pochettes et des livrets des CDs Schneider commence à poser des questions à Martin et Roland à propos des différentes chansons, ils répondent et lui expliquent le morceau qu’ils viennent de jouer. Nous entendrons ce matin d’autres versions de tous les morceaux des CDs. Certaines chansons seront même interprétées plusieurs fois par des musiciens différents.

Le balafon soliste sur lequel joue Martin se révèle être celui de son père Kambiré Tiaporté, le même que celui sur la pochette du CD. À ce moment précis, nous réalisons que c’est plus que ce que nous aurions jamais pu espérer. Le tam-tam est lui aussi le même. Les photocopies des pochettes et des livrets passent de mains an mains et les gens sont surpris, touchés et heureux. L’esprit de Kambiré Tiaporté est parmi nous et nous sommes présentés à une de ses épouses. C’est une femme très belle. On nous montre une photo de son mari devant son instrument, portant un jogging et une super paire de lunettes.

Ensuite on joue pour nous de nouvelles versions des chansons que nous connaissons. La musique Lobi n’est pas fixe et elle change à chaque interprétation. Les notes et les harmonies restent fidèles à la composition, mais l’intonation et la rythmique varient constamment. Bientôt tout le monde se met à danser, frappant du pied rapidement, remuant les épaules de manière chaloupée avec des mouvements de bras précis et des mains qui jazzent. Tout le voisinage semble s’être donné le mot et avoir rejoint la fête.

Les musiciens échangent leurs instruments et nous apprenons la différence entre les balafons solistes et jumeaux. Ces derniers sont accordés différemment et ils se complètent mutuellement. L’un a une fonction rythmique, l’autre est soliste, comme dans un groupe de rock classique qui aurait une guitare rythmique et lead. 

Le joueur de Tam-Tam martèle le bois et la peau sur un des cotés avec deux bâtons et une main et il étouffe la résonnance de la peau avec son pied sur l’autre côté.

En utilisant sa main de l’autre côté il peut aussi matifier le son ou construire des cassures rythmiques. Il est soutenu par l’accompagnateur qui joue de l’autre côté du tam-tam, ce dernier double ou déconstruit les rythmes ternaire complexes sur le corps en bois du tam-tam.

Roland n’est pas originaire de Gaoua et travaille dans un village situé à 18km. Il joue d’habitude ses propres compositions sur une guitare électrique mais aujourd’hui il les joue au balafon.

On pourrait selon nos critères décrire son style comme un petit peu plus pop, un peu moins brouillé, mais super intéressant avec toutes ses boucles minimales et variées. La main droite bat la mélodie tandis que la main gauche exécute les lignes de basse.

Pendant ce temps, environ 50 personnes on rejoint la fête qui bat son plein.

Nous sentons que tout le monde est totalement surpris et a du mal à comprendre que trois berlinois dans notre genre viennent dans un village comme celui là parce qu’ils s’intéressent à la musique qui est justement jouée dans cette cour et dans ce voisinage.

Après une courte pause les instruments sont déplacés vers une espace plus ombragé et les musiciens jouent spécialement pour nous un morceau appelé Gopir, qui est d’habitude seulement joué quand l’homme le plus âgé de la famille meurt. Quelle coïncidence ! Il s’agit justement de la chanson que nous avons choisie pour la première page de ce blog.

Pendant cette longue version de Gopir, une vieille photo noir et blanc encadrée est montrée à la ronde, un portrait de Tiaporté père en jeune homme engagé dans l’armée française. Tout le monde boit de la bière de millet, fume tant qu’il peut et danse autour des instruments en tenant le portrait. C’est un moment très touchant.

Les enfants prennent la pause pour Arved et se précipitent pour voir leur photo sur l’écran.

Après avoir battu son plein pendant 6 heures la fête se calme. Nous nous disons aurevoir et marchons quelques mètres jusqu’à une petite cahute/bar où nous mangeons du riz à la sauce au poisson et une soupe au boeuf avec Somda, Martin, Roland, Christian le joueur de tam-tam, le balafoniste et Aime qui l’accompagnait.

Schneider discute avec Roland des différences entre la musique Lobi et la musique de ce dernier. Nous parlons du fait que c’est en voyageant qu’on apprend le plus, en s’ouvrant à de nouvelles impressions et en rencontrant des gens. C’est la chose la plus importante pour créer un monde meilleur qui apprend de ses erreurs passées.

L’idée nous vient spontanément de composer un morceau ensemble et peut-être de l’enregistrer dans un studio de radio proche. Le titre est facile à trouver : L’Apprentissage par le Voyage/ Learning by Travelling / Kparr Dirè (en Lobi) Lernen durch Reisen (en Allemand).

Le soir nous regardons un match de foot à l’auberge et nous nous écroulons sur nos lits épuisés.



14 - 06 – 2014


Nous sommes rompus par les impressions de la veille. Avoir atteint aussi vite un des buts de notre voyage nous laisse essoufflés et incrédules.

Issaka a rencontré ici beaucoup d´amis. Bien qu´il n´aie plus mis les pieds ici depuis cinq ans et qu´il ne parle pas les dialectes locaux, son réseau de relation est resté intactes et il croule sous les invitations.

Martin, son frère et son frère cadet viennent nous chercher en moto et nous partons sur la piste poussiéreuse en direction de Batié.

Nous nous engageons à gauche à un embranchement, passons devant des petites coures et des baobabs géants.

Le but de notre excursion est une ferme Lobi: des maisons de briques rectangulaires de part et d´autre  d´un arbre a Karité. Certaines de ces maisons n´ont pas de fenêtres , pas de porte comme dans le temps et l´on y accède que grâce à une échelle en tronc d´arbre mais la plupart ont tout de même des portes.

Chaque maison est habitée par une femme et ses enfants. A la question : où les hommes dorment-ils ? On nous répond qu´íls sont assis sous l´arbre et boivent. Dans une des maisons se trouvent les fétiches, mais on ne nous les montrent pas.

On se sert des toits pour faire brunir le mil  et l´obligatoire four au cinqs chaudrons d´argile pour  brasser le  Dolo ne doit pas manquer à l´appel.

À l´ombre de se trouvent de nouveau deux balafons. Auprès de l´un deux se tient un vieil homme en guenilles, c´est le plus jeune frère du chef de famille, auprès de l´autre un jeune homme vêtu d´un élégant polo. Les balafons ont l´air extrêmement vieux, les calebasses ont été réparée à maintes reprises et les baguettes du châssis sont devenu a force de frottement tout mince à cause du frottement des cordes.

Ils commencent à jouer, ils sont accompagné de deux boros, des calebasses-tambours tendus de peaux de chèvre. Le TamTam d´hier était de style Gaoua, mais à présent nous sommes à la campagne.

La musique dans ses loops et ses tournants sonne plus comme celle que nous connaissons des cd. Entre temps nous avons affuté nos oreilles ( surtout Schneider) pour les changements dans la musique Lobi.

Un jeune homme exténué arrive en vélo, il a été cherché un bidon de trente litres de Dolo. Somda offre à cette occasion un litre d´eau de feu, un alcool fort a base de bière de mil. Aprés que nous nous soyons assuré qu´aucunes des personnes présentes ne devenaient aveugles, nous le goutons également. Le goût est celui d´un schnaps doux de westphalie.

Nous sommes assis sur un banc sous l´arbre, buvons du Dolo, écoutons la musique, qui s´est transmise depuis des millénaires de père en fils et nous regardons le paysage, qui mis à part les trois motos, le vélo, et les deux bouts de tôle ondulée (le poulailler) est le même depuis 5000 ans. La famille  est complètement autonome si l´on omet les vêtements, le sel et quelques bouts de métal.

Après le vieil homme, c´est Martin qui reprend le balafon. Tout le monde se met à danser.

Après cela Schneider doit montrer ce qu´il peut faire avec un balafon mais, cela ne marche pas vraiment. L´autre joueur de balafon et les joueurs de boro ne savent trop quoi penser du style berlinois de Schneider, et se tordent de rire systématiquement lorsqu´il commence à jouer sa bouillie sonore. Ensuite c´est au tour de Julian et il répète simplement les trois tons que l´autre musicien lui montre, ça fonctionne très bien, enfin de retour au conservatoire.

Il y a un clown du village, qui peut bouger sa bouche en retroussant les lèvres, ce faisant il gonfle ses joues et fait rouler ses yeux complètement. Il connait son heure de gloire devant la caméra d´Arved. Les cameras avec leurs gros écrans font grosse impression auprès des enfants et de leurs mères. Schneider affuble les enfants de ses grosses lunettes. Et l´enthousiasme n´a plus de limites.

Après Martin c´est de nouveau le tour de Schneider, mais cette fois ci cela fonctionne parfaitement. Il maitrise Jerry-Lee-Lewis sur toutes les gammes, et à chaque fois tout le monde  éclate de rire. Un très grand succès.

Les discussions autour de la bonne manière de remercier du travail accompli et de l´incroyable hospitalité durent longtemps. À aucun moment nous ne ressentons de la pression ou un inconfort, mais   de manière logique il n´y a pas non plus de prix clairement indiqué. Quelques uns savent ce que la vieille nous avons donné  par gratitude à Martin, et nous ne voulons pas le mettre dans une situation inconfortable, ou certains pourraient penser qu´il garde pour lui quelque chose qui leurs est dû.

Nous arrivons à trouver une solution mais cela continue de nous préoccuper. 

Le chef de famille joue en dernier un morceau incroyable dans le « style ancien » mais avec un feu et une virilité, dont on ne penserait pas que ce vieil homme maigre est capable.

Nous faisons longuement nos adieux et remontons sur les motos.

Lorsque nous arrivons à l´auberge nous discutons longuement sur la manière dont nous voulons poursuivre, ce qui nous importe, ce que nous observons. Somda nous avait dis qu´autrefois un hôte recevait, ce dont il avait besoin et ce qu´il désirait. De nos jours ce sont également les finances qui dirigent notre monde et cela rend la situation plus difficile. Nous désirons avant tout ne mettre ni lui ni martin en mauvaise posture.

Rien qu´avec notre présence et notre curiosité nous modifions l´ensembles des paramètres.

Il nous apparaît clairement que nous devons faire un pas supplémentaire et nous extraire de la situation de représentation et d´enregistrement dans les deux sens du terme. Pour le lendemain un concert ( avec danse) est prévu en notre honneur. Nous voulons exclusivement en profiter et renonçons sciemment aux caméras et aux appareils de prise de son.



15 - 06 – 2014


Pendant la nuit la Cotes d´ivoire à joué et gagné. Nous étions déjà couché mais nous avons entendus les cris de joie des villages alentours.

Nous nous remettons a notre blog, nous avons pris du retard, ce qui est d´une part dû a l´abondance des évènements des derniers jours mais aussi au fait qu´il n´y a pas d´internet ici. Au marché de Gaoua il y a un Télécafé que nous devons essayer.

Nous passons rapidement par le marché dominical pourvu des produits des villages alentours. De beaux récipients simples d´argiles, des paniers d´osiers, des savons fait-maisons, du tabac séché.

Après cela nous emmenons Issaka à la gare des bus, nous lui faisons nos adieux et nous rejoignons Martin.

Il nous emmène dans un cabaret au coin de sa rue. De nouveau une grande coure, cette fois ci avec plusieurs arbres faisant de l´ombre, et deux  des fours à cinq chaudrons  pour le dolo. Une grande terrasse de café donc.( nous pouvons voir pour la première fois comment débute le processus de fermentation. Une des brasseuses écope le foulage du tonneau la mâche et le remet dans le tonneau.)

Il y a à vu d´oeil déjà quarante personnes assises sur les bancs, et nous les saluons tous d´une poignée de main.

d´abord on va chercher deux Dagara, des balafons jumeaux.

Ils ont l´air plus grossiers que tous les balafons qu´il nous a été donné de voir jusqu´à présent. Ils n´ont que 14 claves, mais ils sont beaucoup plus longs. La cordes des basses doit faire 80 cm.  Elles ne sont pas sciées mais uniquement taillé grossièrement, noueux et de travers. Ils doivent être tapés avec force pour qu´un son en sorte. Somda nous explique, que c´est pour cela que les balafons Dalaga ne sont joués que par des hommes particulièrement forts et viriles.

Il nous explique aussi que les cinquième et dixièmes lames ( comptées de haut en bas) sont des « fausses » notes. Elles ne sont que rarement jouées, et quand elles le sont, cela sonne „grâve“.

Roland et l´autre balafoniste commence à taper les instruments. Très rapidement les gens commencent à danser et nous dansons aussi.C´était une bonne décision de venir sans caméras aujourd´hui, mais elles manquent aux gens, et à plusieurs reprises on nous demande où elles sont. Grâce à nos smartphones nous pouvons cependant faire suffisamment de films.

Ensuite viennent les danseurs. D´après ce que nous pouvons comprendre, c´est un groupe de danse et musique qui tient une place importante dans la vie culturelle de Gaoua.

Ils portent des costumes bleus et dansent extrêmement bien, le groupe de musique se compose de nouveau de Martin et Roland au balafon et Christian au Tamtam.

Cette fois nous devons payer relativement cher pour les danseurs et la musique. Nous avons éveiller l´intérêt des gens pour qui l´argent joue naturellement un rôle important. 

Ce n´est pas encore très clair pour nous où est ce que tout cela nous emmène, et nous voulons absolument parler tranquillement avec Martin, Roland, Somda de nos possibilités nos souhaits et nos plans.

Après la représentation de danse nous allons manger dans le Obama bar en face. Dans le Bar il y a déjà le foot à la télé. Nous parlons avec Martin, Roland et Somda de nos plans et du fait que Schneider aimerait beaucoup continuer à travailler musicalement avec Martin et Roland. C´est une discussion ouverte et chaleureuse où la question de «  qu´est ce qu´on va faire de tout ça » est abordée sans détour. Si un morceau commun est réalisé, nous l´enregistrons à l´équivalent burkinabais du C.S.A.. Et nous faisons un contrat par rapport à l´utilisation du matériel audio et vidéo enregistré jusque là.

Schneider demande à nouveau , ce qu´il s´est passé à l´époque avec les deux cd de Radio France. Il apparaît que personne ne connait l´existence des enregistrements et des cd. Il n´y a pas eu de contrat , et aucune rentrée d´argent liée à la vente des cd n´est jamais arrivée à Gaoua.

Nous nous réjouissons d´être tout de même accueillis, non avec méfiance (ce qui serait compréhensible) mais chaleureusement et avec enthousiasme.

Nous prenons rendez-vous pour mardi, car nous aimerions aller rendre visite aux tombes de Tioionté, Bihoulétè et de son père Tiaporté.  Ils  sont enterré à Gaoua et dans un village voisin. Mercredi et jeudi il y a une rencontre de musique „Learning by Traveling – Kparr Dirè“ les premières lignes d´une chanson sont écrites et échangées.



16 - 06 – 2014


Nous restons à l´auberge pour écrire le blog et nous remettre des évènements intensifs des derniers jours. Écrire aide beaucoup à digérer les impressions. Aisha et les deux jeunes femmes qui pourraient être ses sœurs ou ses cousines vaquent également à leurs taches et rigolent à gorges déployées toutes la journée. Nous ne savons pas exactement de quoi elles rient mais ils se pourraient que nous ne soyons en partie la cause de leur hilarité et nous apprécions cela !

De toute façons l´humour omniprésent des gens ici est très rafraichissant et contagieux. Il semble que l´on puisse s´amuser de tout ou même se tordre de rire.

Les deux jeunes femmes chantent entre deux des «  Working Chants »

et Schneider aimerait bien les enregistrer, mais il est trop timide et ne veux pas déranger la scène.

Audrey, la fille d´Aisha finit de nous distraire en essayant touts nos chapeaux et nos lunettes de soleil.

Le soir nous essayons d´actualiser le blog dans le seul café internet de Gaoua, ce qui reste sans succès pour d´obscures raisons. Il n´y a que très rarement de connexion stable. Nous avons l´impression de ne jamais avoir été aussi loin d´internet.



17 - 06 – 2014


Aujourd’hui Arved reste à l´hôtel pour se régénérer.

Martin vient nous chercher et nous allons en mercedes jusqu´à la station essence. Un plein, du liquide de frein et un litre d´huile et nous en avons pour 50 euros, un salaire mensuel ici. C´est pour cela que personne ne conduit ici.

Nous allons chez Martin et saluons sa famille, après nous allons dans un cabaret ou nous rencontrons les autres. Il est un peu après neuf heures et nous avons de nouveau une calebasse avec du dolo à la main. Ici il y a 4 fours a cinq chaudrons, une vraie brasserie.Des vieux , des couples, des enfants viennent ici boivent une coupe de dolo et continuent leurs chemins.Lentement nous comprenons que l´ensemble de l´infrastructure présente permet le ravitaillement constant et bon marché en dolo, il faut préciser que la teneur en alcool du dolo se situe entre 1 et 3 %.

les plus jeunes « frères »(cousin) de Martin, Coucou et Justin. Ils sont déjà très joyeux. Justin parle Anglais et nous aide aujourd´hui à communiquer.

Nous prenons la route en direction de Banfora. Nous croisons trois hommes a dos de chameaux. Ce sont de gros chameaux gris. Les cavaliers portent des caftans gris, des turbans gris  et en dessous des visages noirs et ridés aux yeux perçants. Ils regardent la voiture d´un air désintéressé. Ce sont des regards d´un autre monde.

Justin raconte, que ces hommes font tout le chemin depuis le sahel jusqu´ici et qu´ils montent leurs camps en dehors de la ville. Après quoi ils tuent leurs chameaux et en vendent les différentes partie très chères, car les chameaux, rares par ici, sont réputés pour avoir des vertus médicales et magiques : l´endurance, la force, l´intelligence, la fertilité. Ces hommes sont appelés les Shamans. Ils se font payer leurs chameaux en or, qui est extrait ici et repartent vers le nord.

Il y a trois ans des shamans auraient volé et tué un garçon à Tonkar près de Gaoua, pour faire avec sa tête une forme particulière de magie. La police  ne fit rien et il y a eu des émeutes.

Nous nous engageons depuis la route principale sur la piste de brousse sur la gauche. Schneider conduit la 190 avec beaucoup de dextérité malgré l´état du sol.

Nous arrivons à une première halte, qui se situe sur une petite colline surplombant les champs. C´est une zone inondable du fleuve Poni, ici en septembre tout les champs seront sous l´eau.

C´est un petit village Lobi typique : un grand arbre au milieu, des petites maisons à provisions , les maisons d´argile sans fenêtres, et les échelles en tronc d´arbres.

On nous accueille amicalement et un vieil homme va chercher un balafon et joue pour nous. Il est assez semblable au balafon de Martin, il a aussi une petite statue en dessous de la lame des basses.

C´est d´ici que vient Coucou, ici aussi un célèbre balafoniste a vécu , mais pas de trace des cds. Sa tombe se situe au milieu de la coure et actuellement elle sert à faire sécher les cruches.

À la tête de la tombe une lame de balafon est emmurée, en outre une bouteille de Brakina ( à l´envers de manière a ce que cela coule dans la bouche du défunt) des casseroles et des assiettes.

Après une tournée d´eau de feu nous reprenons la route et suivons les pistes de plus en plus aventureuses à travers le pays des Lobis.

La nature est splendide, verdoyante, et l´on peut voir de vieux arbres très gros, qui pour certains ont été en partie foudroyés, qui se tiennent au bord du chemin et dans le tronc desquels 5 à 6 adultes pourraient trouver place.

Nous croisons des motos, des pick-ups et leur benne et parfois, l'on voit de vieux hommes en guenilles à l´air mystique qui cueillent des plantes. Coucou et Justin nous informent bruyamment des particularités interessantes de leur contrée d'origine et finissent presque chaque anecdote en nous hélant  « Are you happy ? We are happy ! » Oui, nous sommes aussi très heureux confirmons-nous à chaque fois.

Après avoir traversé un chemin apparemment sans fin à travers des rochers et de la terre rouge (la 190D touche  avec le châssis des monticules pierreux pointus et parfois une fumée rouge remonte dans la cabine du conducteur),  nous tournons à gauche et arrivons à la maison d'amis de nos amis. Nous sommes accueillis par l'instituteur du coin, sa femme et leur deux enfants et l'on commence tout d'abord avec une tournée d'Eau de Feu faite maison. L'école se trouve quelques mètres plus loin. Le  bâtiment de plein pied rouge en trois parties sert à l´éducation de toutes les coures alentours.

Après un bref arrêt, nous remontons en voiture, emmenant les deux enfants et parcourront sur un chemin de terre étroit entre les champs en direction de l'endroit où Palé tioionté est censé être enterré. Il semble que l'on ne peut pas être plus dans la campagne qu'ici.

Nous laissons la Benz au bord d'un champs et suivons un sentier à travers le Busch pour arriver enfin à un village Lobi extrêmement isolé avec sa construction typique avec des endroits pour cuisiner le dolo, et des bâtiments et lieu de vie disparates repartie sur plusieurs niveaux.

Au centre se trouve un tamtam qui a l'air antique, qui, nous l'apprendrons plus tard, marque  l'emplacement de la tombe d'un grand homme.

Nous devenons à nouveau très timides, mais sommes reçu cordialement alors que Martin explique  en s´aidant du petit livret , ce qui amène les hommes blancs par ici.

L´homme qui se révèle être le fils de Tioiontés, Palé et les femmes présentes d´âges disparates sont visiblement touché et nous salue une seconde fois. On amène de l´Eau de feu et les pourcentages  d´alcool semble s´élever de station en station au même titre que l´ambiance générale.

Au milieu de la cours il y a la tombe de Palé Tioiontés, dont la forme rappelle celle d´une massive armoire en argile dont la surface a été polie. Elle est utilisée au quotidien pour y travailler, s´asseoir, boire, manger, etc. À la tête il y a une sorte de tableau, sur lequel son nom, son année de naissance et de mort sont gravées de manière brut. Sur l´un des côtés la surface lisse est fissurée et a été érodée par la pluie. On peut voir une tête métallique bleue inversée.

Le grand homme est mort mais reste au sein de sa famille.

Palé disparaît un instant et revient avec le balafon de son père, il a l´air de ne pas avoir servi depuis un bail.

Il aimerait jouer pour nous, puisque nous avons fait un si long chemin depuis l´Europe.C´est indescriptible, magique.

Son jeu comme son apparence rappelle  fortement son père. Le chantonnement en jouant et un peu plus effacé et doux, le rythme et la précision des harmonies ne peuvent pas être compris rationnellement.

c´est une information des temps anciens, qui se manifeste en corporalité, et dans une spiritualité quotidienne sans prétention et animiste, dans des sons futuristes absolues qui résonne dans l´espace.  Space is the Place

Cela résonne vraiment, comme si cet instrument au son extraordinaire n´était pas joué dehors auprès d´un arbre mais dans une salle à l´acoustique prévu exclusivement à cet effet.

Ci joint le document sonore  >> https://soundcloud.com/mirrorworldmusic/tioiontes-village-1-pale-17-06-2014

la vie extrêmement dure et existentielle de ses gens dans les derniers recoins du pays Lobi et la musique qui l´accompagne ne peu pas être dépassé en extrême. Énergie - Life takes care of itself – apparemment la musique omniprésente est un des principaux pourvoyeur d´énergie, qui depuis des millénaires s´élève et s´affine tout comme la cuisine dolo, et le pourcentage d´alcool de l´Eau de feu.

En deuxième Pale joue le morceau Déjé, dont il y a deux versions de son père sur le premier cd, mais après le premier tiers l´enregistreur de Schneider s´éteins bien que la batterie indique qu´elle est encore pleine au deux tiers. Certaines choses apparemment ne sont pas faites pour être documentée et pour la postérité mais seulement dans l´instant.

Après trois morceaux , nous remercions , émus, et laissons le soin à Justin et a Martin de prononcer quelques mots pour témoigner notre gratitude envers Palé et sa famille pour la musique et pour le fait que nous ayons pu voir la tombe de Tioiontés qui nous a tant impressionné jusque notre lointaine ville de Berlin.Seul Martin peu communiquer directement avec eux , car ils ne parlent qu´un dialecte Lobi très rare et pas de français. Ils nous font dire que eux, les vivants , se sont réjouis de notre visite et de notre respect, cela étant le plus important,Tioionté étant mort et donc plus ici.

Sur le chemin du retour vers la voiture, on nous conduit dans un champ où une vielle femme est assise, appuyée contre un arbre et sourie. C ´est la veuve de Tioiontés. Malgré son âge avancée, elle donne l´impression d´être jeune et dégage une grande chaleur.

Après s´être salué et avoir discuté un brin avec elle, nous reprenons le sentier sinueux. Nous rencontrons par hasard le technicien de la station de radio de Gaoua et ses habits bariolés à moto.

Nous déposons les deux enfants chez leurs parents, l´instituteur et sa femme. Nous déjeunons sur place ( purée de mais et une sauce aux herbes délicieuse) et une autre tournée d´eau de feu. ,Are you happy ? We are very happy ! The most important thing is that you are happy and we are happy !!!’

tous se tapent dans les mains claquent des doigts du pouce et de l´annulaire les uns avec les autres à plusieur reprises.

Nous avons l´impression, que notre voyage commun est aussi quelque chose de spécial pour nos amis Lobi, et c´est génial.

Nous reprenons le parcours de Rally vers Gaoua. Nous nous arrêtons par trois fois sur une distance de 300 m  .Coucou annonce qu´il a besoin de cette bière locale , maintenant. Nous buvons du dolo et martin nous montre son petit synthé korg monotron et comment l´on module et l´on filtre avec. Martin joue spontanément quelque chansons que nous connaissons sur le petit clavier et nous devons deviner de quoi il s´agit. Il a l´air proprement fasciné par l´instrument et en joue très bien. Pour finir il joue une chanson que tout le monde connait ici et dont le texte et le suivant :

« Maria Ma Coco Maria Ma, Maria Ma Coco Maria Ma - Otekiou Manbe".

Nous accordons nos voix et allons vers le prochain bar en chantant. C´est le point de rendez vous des villages environs et donne l´impression d´être une sorte de bar de rockeur de la campagne, nous y rencontrons à nouveau des parents éloignés de nos trois amis. Nous goutons à la couenne de porc grillée accompagné d´un sel épicé au chili.

Soudain , nous entendons un échange bruyant entre Coucou et quelques hommes.Nous sommes un peu décontenancés car nous n´avons pas encore été confronté à ce type d´altercation. Justin nous explique que la dispute porte sur le village où nous comptons nous rendre et sur l´aïeul de ce village où   hien Bihoulèté est enterré, qui apparemment aurait un problème avec notre présence et le fait que nous voulions aller au village. Après quelques minutes la dispute semble se calmer et nous poursuivons notre route.

"!!! Maria Ma Coco Maria Ma, Maria Ma Coco Maria Ma - Otekiou Manbe !!!"

la route atteins des record de difficultés et a certains endroits nous devons tous descendre de voiture excepté le chauffeur, afin que la 190 puisse surmonter le chemin de terre sinueux et pentus sans rester accrochée à un sommet et balancer comme un berceau. Nous traversons un magnifique paysage montagneux allant toujours plus haut et nous pouvons voir très loin dans toutes les directions. Derrière à droite nous pouvons apercevoir la frontière avec la Cote d´Ivoire , et derrière à gauche celle du Ghana distante de 18 km. Nous atteignons au sommet de la montagne un rassemblement de hameaux, dépassons une fontaine autour de laquelle des enfants jouent, et nous nous arrêtons brièvement dans le hameau le plus élevé. L´air y est très pur et nous nous promenons entre les bâtiments. Nous ne rencontrons personnes dans ces bâtiments à moitié en ruines. De loin nous appercevons une femme qui monte un raidillon une poure de 3 ou 4 mètres en équilibre sur la téte, elle disparaît a nouveau derriere les constructions d´argile. Un vieil homme arrive par l´autre coté et s´assoit avec nous sur un tronc d´arbre. Nous sommes tous très calme tout d´un coup et lorsque un deuxieme homme arrive accompagné de la sœur de Bihoulètés, Martin explique à nouveau à l´aide des copies la raison de notre présence ici. On nous salue de nouveau et on nous invite à prendre quelques photos. Le paysage est formidable et nous nous prenons à rêver de petits télésièges à travers les vertes collines.

Hien Bihoulèté est mort à Gaoua et Martin est à l´époque le premier qui a joué du balafon pour lui, avant que son corps ne soit ramené ici, le hameau que le père de Bihoulèté a construit il y a bien des années. Sa tombe est située sur le côté du village Hien Bihoulèté, c´est un petit amas d´argile, sur lequel on a déposé des branche et de la verdure. Nous passons quelques moments autour du monticule, y posons des pièces et Schneider y pose son médiator sur le fétiche de la tombe, nous faisons quelques photos et rendons hommage au grand musicien avant de prendre le chemin du retour.

On nous pris de nous asseoir sur un banc. Et le chef de famille veut se réconcilier après la dispute sur la route en nous offrant 0,33 litre d´eau de feu qu´il doit lui-même acheter à une des femmes présentes.

De plus en plus d´enfants sortent des maisons. De nouveau nous avons trop peu de cadeau pour eux tous. Mais qu´est ce que l´on peut bien offrir ici ? qu´est ce qu´on offre à des enfants en haillons, avec des œdèmes provoqués par la faim et des ventres ballonnés ? Contre des maladies indéfinies on a tracé à certains des scarifications autour du nombril. Ces enfants n´ont clairement pas assez à manger, pas de soutien médical, et peu de chance d´avoir accès à une quelconque formation. C´est beau de voir comme ils se réjouissent d´un paquet de craie à la cire, mais d´un autre côté on pleurerait de´avoir rien d´autre à leur offrir.

Coucou trouve sous un abri la famille de Bihoulétè. Elle a peut-être 12 ans et a une jambe cassée. Celle ci est entourée de bâtons et de bandes de tissus de part et d´autre des briques. Elle écoute la radio.

Nous prenons congé de la famille Bihoulétè.et de tous les enfants et reprenons notre chemin cahin cahas vers le Dolo Grill du bord de la route.

Nous reprenons un peu de couenne de porc grillé et buvons un bol de Dolo. Le Dolo du soir possède un goût plus amer et alcoolisé que celui du matin. Nous repartons et allons voir un rite d´initiation. À quelques distances de la route de Batié se situe une grande prairie. 200 personnes peut-être sont réunie divisé en petits groupe répartis sur le terrain.

À première vue cela ressemble à une fête de village. Jeune et vieux se mélangent, Un stand de Dolo, des demis bidons d´essence servent de grill et à coté un mouton entier est découpé. Rien de particulièrement secret ou quelque chose que l´on mettrait en rapport avec une « initiation ».

Nous rencontrons Somnda et nous réjouissons de le voir. Au milieu du terrain un toit en natte de raphia a été dressé et en dessous deux balafonistes et deux joueurs de Boro jouent.

Beaucoup de vieilles femmes et d´enfants viennent enthousiastes à notre rencontre et nous devons danser. Jamais encore autant de personnes n´avaient rie de nous.

Apparemment la fête ne fait que commencer et Coucou et Justin nous disent qu´il est temps d´y aller sinon nous risquons d´y passer la nuit. La fête dure plusieurs jours. Martin nous présente encore à la sœur de sa tante de Tiaporte, qui sait déjà tout de notre mission. Encore une femme très sympathique.

Dans la voiture Justin tente de m´expliquer, comment fonctionne l´initiation, mais d´un autre côté il ne veut pas me le dire. Il veut me dire la vérité, mais me dis aussi que ce n´est pas la vérité. C´est en tout cas très important et très compliqué.

Nous invitons encore le trio chez nous à l´auberge, car ils nous expliquent que c´est la coutume chez eux de rendre visite tous ensemble à celui qui est malade à la maison de manière à l´égayer. Martin et Schneider jouent pour Arved une courte session avec le Korg monotron. Un grand plaisir.



18 - 06 – 2014


Arved a réinitialisé le Blog hier, et aujourd’hui après 3 heures le chargement fonctionne. Schneider a pris rendez-vous avec Martin pour composer mais martin n´est pas au mieux de sa forme.

Au lieu de cela nous allons faire un tour de reconnaissance dans le seul magasin de statues que nous ayons pu trouver. Les statues des Lobi sont connues pour leur grande puissance d´expression mais après avoir lu lors de la préparation de notre voyage le Blog de  Wolfgang Jaenickens LINK (très informatif !!) nous trouvons le choix ici peu intéressant, beaucoup de chose pas finies et plus chères qu´à Berlin.

Nous voulons fêter la réussite du chargement de notre Blog et allons dans le « meilleur » restaurant de Gaoua , Il est en effet bon mais moins bon que chez Aysha à l´auberge Donsamby.



19 - 06 – 2014


Schneider, Martin, Christian au Tamtam, Aimé, Roland et deux autres musiciens répètent la chanson commune. Schneider peut connecter son synthé Korg monotron  à une Sharp mini chaine et cela rend super.



20 - 06  - 2014

Aujourd’hui, malgré le fait qu’il se sente un peu vaseux, Schneider travaille sur la chanson ' Kparr Dirè ' avec Martin, Christian au second balafon, Aime et un jeune accompagnateur. Colette et Schneider chantent et l’enregistrement fonctionne très bien.

Au déjeuner, nous parlons de l’édition et des droits de licence avec Martin et Roland et de ce que pourrait être la répartition entre les musiciens.

Arved et Julian se rendent en voiture à la mairie avec Martin pour discuter l’ébauche d’un contrat mais le responsable officiel est déjà parti en pause. Nous le rencontrons plus tard dans un café, en même temps que la police et qu’un autre responsable important.

Il est extrêmement gentil et serviable.

Avec l’aide de Roland nous discutons un peu. Les droits d’auteur peuvent paraitre en contradiction avec une culture où la musique est plus particulièrement de tradition orale, mais ils sont importants du moment où ils peuvent générer des revenus.

Nous prenons rendez vous pour le lendemain matin 9 heures à la mairie.

Martin reçoit ensuite un coup de téléphone: le père de Christian vient de mourir. Nous sommes en état de choc.  Une heure après que nous ayons fini d’enregistrer avec Christian, son père est décédé à l’hôpital. Nous amenons Martin chez Cie,  lui aussi un balafoniste très connu à Gaoua.

Pour la première fois, on nous invite à entrer dans une hutte, il y fait un noir d’encre, le match Italie/Costa Rica passe sur une petite télé. Cie est très gentil et amical.

Un superbe tam-tam est accroché sur l’un des murs, pratiquement dans le noir à côté d’un lance pierre Lobi, utilisé pour chasser des oiseaux et d’autres petits animaux, dont la poignée est minutieusement sculptée. Nous demandons si nous pourrions voir les balafons de Cie.

On nous emmène dans une pièce attenante. Une petite fenêtre laisse passer un peu de lumière diffuse.

Sur l’un des murs, des balafons jumeaux et sur l’autre un balafon funéraire. Il y a aussi un autel de sacrifices haut d’environ 60cm, il est en argile et couvert de plumes de poulet. On perçoit une odeur de sang de volaille frais dans la chaleur humide. Devant l’autel se trouve une lame de balafon plantée verticalement dans le sol.

Nous accompagnons Martin jusqu’à la maison du père de Christian qui n’est pas loin de la sienne, au croisement de deux routes. Une cinquantaine de personnes sont assises sur des bancs répartis autour de la place. La veuve se lamente seule sur un banc devant la maison. Un cadre de lit est porté en dehors de la maison où le défunt est en train d’être lavé et préparé. Christian est occupé à organiser quelque chose.

Nous parlons avec Martin et décidons de revenir plus tard.

Schneider est malade mais il vient quand même avec nous à l’enterrement. Nous retrouvons l’endroit après être passés par un labyrinthe de chemins sombres, guidés à travers la vitre de la voiture par le son lointain du tam-tam et du balafon.

Il y a maintenant environ 150 personnes sur la place. Le dolo est servi, c’est une atmosphère chaleureuse, de soutien, à la fois triste et joyeuse.

La place est éclairée par deux néons puissants. Le balafon funéraire est au milieu. Christian est au tam-tam et nous découvrons l’utilisation d’une barre en métal, jouée sur toutes les doubles croches, qui accompagne les rituels funéraires jusqu’à ce que le corps soit enterré.

Les femmes dansent autour des musiciens, bon nombre d’entre elles ont des branches fraichement coupées ou des tapettes à mouches dans les mains.

À la maison, le corps du père de Christian est installé sur un lit, des vielles femmes sont assises tout autour, veuves, soeurs, famille du défunt. Certaines chantent pour le mort de temps à autre.

Un pot contenant des herbes fraiches est placé près de la tête du mort et à ses pieds se trouve un bol d’argile plein de coquillages cauris et de pièces.

Nous allons à notre tour jusqu’au lit et jetons chacun une pièce dans ce récipient.

Nous retrouvons Christian. Il est couvert de sueur et nous réalisons qu’il est triste. Il reste assis seul un moment. Il porte un sac en antilope qu’il a rempli de pièces et de coquillages cauris.

Il arrive finalement devant les musiciens, il jette quelques pièces et coquillages à leurs pieds ainsi que dans le bol.

Justin nous explique qu’on accepte et qu’on reconnait la mort en jetant les pièces. Arved et Julian conduisent Christian chez Martin dans la Benz pour aller chercher les balafons jumeaux.

Quand ils reviennent certaines personnes ont commencé à s’endormir, mais de nouveaux invités continuent d’arriver en permanence.

La célébration va continuer toute la nuit et le jour suivant. Nous sommes invités au grand enterrement qui aura lieu à quinze heures dans le cercle des vieux manguiers.



21 - 06  - 2014


Nous avons rendez-vous à onze heures avec Monsieur Traore, représentant culturel de tout le Sud Ouest du Burkina Faso. Martin, Coucou et Roland viennent avec nous.

Schneider ferait mieux de rester au lit mais il vient aussi. Il fait très frais dans le bureau de Monsieur Traore.

Schneider a déjà mixé et masterisé les enregistrements de la veille.

La réunion porte sur deux points principaux:

1. Comment Martin peut-il générer des bénéfices à partir des ventes de la musique de son père ?

2. La signature d’un contrat qui règle les questions de copyright et d’exploitation de la chanson " Kparr Dirè – L’Apprentissage par le Voyage ".

Du fait de son manque de maitrise de la langue française, Julian a écrit un contrat qui doit être discuté et corrigé.

Tout d’abord, la question est de savoir si Martin confèrera à Schneider le pouvoir de s’occuper des droits de son père dans l’intérêt de Martin, mais le représentant burkinabé du Bureau Burkinabé du Droit d’Auteur (BBDA) qui travaille avec la SACEM, recommande d’enregistrer le titre auprès du BBDA. Le représentant à la culture acquiesce.

Martin devra d’abord devenir membre, pour cela il devra s’acquitter de frais d’inscription s’élevant à 7500 FCFA, fournir deux photos d’identité (qui ne sont pas bon marché ici) et aller à Bobo pour s’inscrire. Cela semble pourtant être la meilleure solution.

" Kparr Dirè " pourra également être déposé  auprès du BBDA. Nous graverons un CD du morceau à cet effet un peu plus tard.

Le contrat est légèrement corrigé et rendu plus compréhensible, il est imprimé, signé puis emballé solennellement dans du papier de soie jaune.

Nous invitons ensuite Monsieur Traore et le représentant du BBDA à boire un verre dans notre auberge. Schneider leur joue le mix de " Kparr Dirè " et tout le monde apprécie beaucoup le morceau.

Monsieur Traore se réjouit de cette coopération culturelle et du commencement d’un projet collectif. Nous sommes contents aussi.

Arved et Julian se rendent à l’enterrement à seize heures, Schneider est trop malade pour les suivre et décide de rester au lit.

Un lieu de sépulture ancien se trouve près de la maison de Martin. Sept vieux manguiers imposants forment un cercle. Un voisin de Christian est également mort la veille donc il y a maintenant deux enterrements à célébrer.

Ce qui se passe ici a peu à voir avec ce qu’on appelle un “enterrement”. Environ 500 personnes se sont réunies à l’ombre des manguiers. Le balafon et le tam-tam se trouvent au centre du cercle. Les hommes et les femmes sont plus ou moins séparés. Les femmes portent des tenues particulièrement belles et colorées, avec des foulards noués sur la tête. Beaucoup d’hommes sont également sur leur trente-et-un.

Nous saluons Martin et Christian. Christian est visiblement beaucoup plus fatigué que le soir précédent.

Il porte toujours son sac et nous offre son bol de dolo.

Les invités se succèdent pour le saluer encore et encore, lui donnant une pièce de 100 FCFA et parlant brièvement avec lui. Certaines femmes âgées discutent avec lui longtemps. Les pièces sont recueillies dans le sac en antilope.

Cie, le balafoniste que nous avons rencontré hier est là aussi et vient juste de finir de jouer. Il porte également une besace dans laquelle il met les pièces et les cauris qu’on lui lance.

Il y a ensuite un moment fort.

Martin se lève et marche jusqu’au balafon qui est resté au milieu du cercle formé par les arbres et les 500 personnes.

Il s’assoit et commence à communiquer doucement avec le balafon comme s’il était tout seul.

Quand il répète la même cadence plusieurs fois, le joueur de tam-tam se lève et va s’assoir près de lui.

Un homme va jusqu’aux musiciens et dispose un bol en argile vide et un grand sac derrière eux.

Il prend une poignée de cauris dans le sac et les jette dans le bol. Beaucoup de convives font de même.

Un rhythme se développe entre le balafon et le tam-tam. Un accompagnateur arrive et s’empare de la barre de métal qui sert à battre la mesure sur les doubles croches.

Soudain la communauté prend vie.

Les gens se rassemblent en larges groupes sur la piste de danse autour des joueurs.

De nombreux hommes se rapprochent des musiciens, chantent et lancent des pièces et des cauris.

Autour d’eux beaucoup de femmes dansent superbement.

Nous ne trouvons pas les mots pour décrire exactement ce moment.

Les convives tapent du pied en 4/4 sur le sol avec beaucoup d’énergie tandis qu’ils balancent les épaules et la poitrine en suivant les doubles croches. C’est une danse polyrythmique sur de la musique polyrythmique.

Ces tremblements et ces secousses très énergiques durent entre 10 et 30 secondes, puis les danseurs  prennent une pose finale, singulière et chaque fois différente en fonction des individus, entre le mouvement de danse classique et le poing levé.

Parfois ils dansent face à face et terminent par une grande accolade. Bataille et réconciliation se succèdent, expression de l’identité guerrière du peuple Lobi.



22 - 06 – 2014


Nous trouvons la cause du claquement du capot.: l´amortisseur transversal de la roue avant droite a sa tete qui a transpercer et donne  dans le moteur et la roue est pour ainsi dire ammortie par le capot.

Nous nous arrétons au prochain « garage » Issaka nous aide par téléphone à trouver le meilleur moyen, et nous partons avec le mécanicien au garage de l´hopital.

La cour de l´hôpital est un rêve pour les photographes et les vidéastes : un grand tas de vieux lits d´hôpitaux rouillés, une chaise de dentiste des années 50, des colonnes de perfusions rouillées, une vieille ambulance Citroën, dont l´intérieur est plein de bandages ensanglantés et de toile d´araignées.

Cinq minutes plus tard un mécanicien joins par téléphone nous rejoins avec les pièces de rechanges. La Benz est surélevée et les pièces sont changées avec une dextérité toute professionnelle. 15 minutes plus tard à peine tout est réparé. Prix de la réparation : 30 euros.

Pendant la nuit une autre personne est morte. Un «  grand frère » ( probablement un cousin plus agé) de CouCou et Martin a Gimbongil. Ils doivent y aller et nous prenons rendez vous pour plus tard.

Bien que Schneider soit encore malade, nous partons tous trois 40 km voir les ruines de Loropeni. Ce sont de grandes ruines de pierres inhabituelles dont l´origine est inexpliquée, probablement du onzième siècle. La piste est pleine de bosses et nous tremblons avec la voiture.

Et 40 km de piste  pleine de bosse sont lus longs qu´on ne l´imagine.

Après Loropeni vient la sortie pour les ruines. Depuis 2009 elles font partie du patrimoine mondial de l´UNESCO : http://whc.unesco.org/en/list/1225

Là, la route est parfaite, trois nouveaux bâtiments climatisés, un guichet mais tout est fermé. Hmm. Une femme très très élégante arrive en mobylette. Elle nous explique qu´il n´y a plus de ticket imprimé mais que nous devons payer auprès d´elle.

Les ruines sont superbes. Tout à fait dans le style Indiana Jones. Au milieu de la forêt des murs de 5 mètres de haut en pierres de tailles régulières forment un carré de 50 mètres sur 50. Il n´y a que deux petites entrées. Les murs ont une épaisseur de 1m50 à la base et rétrécissent vers le sommet. Ils sont en si bon état parce qu´un mortier a base de beurre de karité et de miel a été utilisé pour leur construction. C´est un truc super dur et résistant à l´eau. Les arbres foisonnent au dessus des murs.

Apparemment ce serait une des trois premières tribus Lobi qui aurait construit cette forteresse. A l´époque il y avait beaucoup d´ennemis et de lions dans le coin. Lors des fouilles on aurait trouvé des traces qui donneraient à penser qu´on faisait du commerce de sel, d´or, et de fer.

L´élégante dame nous conduit un peu et nous explique comment le métal était fondu à l´époque. Schneider lui montre son synthétiseur.

Nous rentrons. La piste pleine de bosses ne fait pas de bien à l´estomac de Schneider. Nous remettons le pot de départ au lendemain et regardons le foot.



23 - 06 – 2014


Nous gravons les derniers cds  et nous devons encore imprimer les couvertures des deux cds de Radio France, afin que Martin puisse aller faire valoir ses droits à l´équivalent du C.S.A. Nous allons acheter nos tickets de bus pour le voyage à Bobo du lendemain. Schneider va mieux , mais ce n´est pas la forme de même que Arved et Julian qui restent éprouvés. Les journées pleines ont laissées des traces.

Arved et Julian vont visiter le musée. C´est une ancienne battisse coloniale française. Nous apprenons quelques faits intéressants. Chez les Lobi les femmes sont responsables de la caisse (autrefois de l´or) la confection du Dolo, l´approvisionnement en eau, la cuisine et elle sont les premières qui labourent les champs.( pour la fertilité)

Les hommes sont responsables de la chasse, le travail du métal et la confection des armes, la musique et tout ce qui est lié aux fétiches, à la voyance etc...

Une maison traditionnelle Lobi est présentée, comme nous en avons vu déjà plusieurs. On rentre, on se retrouve dans l´entrée, à gauche la pièces pour les moutons et les chèvres, deuxième porte à gauche la chambre de la première femme et ses enfants. l´homme dors dans une petite pièce sur le toit.

Au musée se trouve le Balafon de Nani Palé´ (http://www.lobi.gov.bf/textes/musique.htm), le plus célèbre des Balafonistes. Il est mort en 1982 et on lui rend encore hommage. On ne connait qu´un seul enregistrement de lui, il se trouve sur une compilation de la BBC, dans ce morceau il chante inhabituellement beaucoup. De son temps il a donné des concerts au Ghana en Cotes d´Ivoire et au Mali.

Hier le gouvernement a fait exploser des bombes de sels, pour percer les nuages et faire venir la pluie, car pour la saison il a encore très peu plu et les récoltes sont menacées.

Et maintenant une tempête orageuse arrive effectivement. Des sacs en plastiques noirs s´envolent dans les airs comme d´étranges oiseaux.

l´après-midi nous rencontrons Martin et Somda pour prendre congés. Nous réalisons qu´il serait plus aisé d´aller voir l´administration avec Martin à Bobo. Nous lui achetons un ticket de bus et prenons rendez-vous pour le mercredi à Bobo afin d´aller ensemble voir les autorités le jeudi.

Arved et Somda parlent du mythe de la création du balafon. Mais Somda explique qu´il n´y a pas un « vrai » mythe de la création du balafon ( il n´avait pas encore entendu le booklet) mais qu´il y a ici plusieurs histoires. Certaines sont plus importantes pour certains. Il raconte une de ces histoires.

Un Jeune homme vient auprès d´un fleuve. Il veut traduire, mais chavire et se noie presque. La déesse du fleuve Manihouta le trouve très beau et souhaite le garder pour elle. Elle lui promet de l´or et toutes les richesses du monde s´il reste auprès d´elle jusqu´à la fin de ses jours et renonce au monde des hommes, les hommes ne sont pas bons, ils ne s´occupent pas bien les uns des autres.

Le jeune homme hésite quant à la réponse qu´il doit donner. L´esprit de l´eau lui donne trois jours de réflexion. Après trois jours le jeune homme lui répond : je reste auprès des hommes. La richesse passe mais les hommes restent. Et j´aime les hommes. Réponse de la déesse du fleuve : tu as choisis les homme, je pars donc.

Avec Somda et Martin nous allons voir la tombe de Pali Nane. Elle se trouve à quelque mètres de notre auberge auprès de la route pour Batié. Martin peut encore se rappeler comment Pali Nane est mort, il était en effet en train de jouer dans la cours du père de Martin et il est mort au milieu d´un morceau, sa tète frappa son balafon. Il était aussi un « grand frère » du père de Martin.

Pendant que nous restons auprès de la tombe, quelques hommes nous rejoignent. L´un deux possède un petit transistor chinois avec un port SD, sur lequel il peut nous faire entendre les enregistrements de Pali Nane et nous raconte que Pali est le patron de toute la musique Lobi.

Le soir Reno passe nous voir et vient chercher sa voiture. Il travaille au PLAN-Burkina-Faso et combats le Sida, la Malaria et la Polio. Le nombre de malades infectés par le Sida est descendus ces dernières années de nombres à deux chiffres à 2%. mais c´est particulièrement les maladies supplémentaires comme la malaria et la tuberculose qui font baisser dramatiquement l´espérance de vie après une infection par le Sida.

Malaria est un grand problème surtout auprès des jeunes enfants, car les gens sont trop pauvres pour des filets anti-moustiques et des médicaments, la polio reste également dramatique bien que le vaccin soit si simple et bon marché.

Nous lui donnons une bonne partie de notre pharmacie de voyage.

Le soir nous entendons des coups de canons. D´abord nous supposons que l´on tire avec l´artillerie sur les nuages. Mais ce n´est que l´appel a un enterrement. Probablement on informe ainsi les gens des hameaux éloignés sans réseaux téléphoniques d´une mort. Toute la nuit on entend des tamtams et parfois même des flutes.



24 - 06 – 2014


le matin nous plions bagages après 12 nuits a Gaoua. Le plus grand représentant de cigarettes du sud ouest du Burkina, Erik arrive avec 7 promotrices qui sont en tournée et s´arrêtent à l´auberge.

Nous prenons congés d’Aysha, Audrey et toute la famille au sens large et passons voir Martin. Là aussi nous prenons congé mais nous le voyons le lendemain à Bobo.

Le Midi nous mangeons à la gare Omnibus et Reno passe aussi nous dire encore au revoir.

Le Bus n´est pas plein, ce qui est agréable. Plus nous nous approchons de Bobo , plus le trafic devient etourdissant pour nous ainsi que l´agitation dans les magasins. Les 12 jours passés en partie à l´écart du monde dans une ville de 30 000 habitant dont seul 80 possèdent une voiture ont perturbé nos sens.

Nous sommes heureux d´arriver À la villa Bobo. Schneider va mieux.

Nous nous installons à l´ordinateur et faisons un court clip pour la  Bundeskulturstiftung et essayons de le charger pendant la nuit.



25 - 06 – 2014


La matinée est occupée par le chargement du film en ligne. Arved réduit de plus en plus sa taille, mais le chargement est toujours coupé et s´interrompt.

L´après midi Martin arrive. Nous l´accueillons À la gare Omnibus, ensuite un cousin passe le chercher en moto... nous prenons rendez vous pour le soir à Samanke.

Dans la villa Bobo nous continuons à travailler sur le chargement du film, et nous recontrons Wamian, Martin et son cousin de Samanke. La coupe du monde est projetée mais dès que le courant est coupé ont voit un immense front orageux qui passe derrière la ville.



26 - 06 – 2014


Arved continue a travailler sur le chargement du film et Schneider et Julian ont rendez-vous a 8heure avec Martin et  un de ses cousins du terrain de la semaine Nationale de la Culture. Un immense terrain derrière la gare avec quatre pavillons, un parc, une petite forêt ombragée, où tout les deux ans se tient la  semaine Nationale de la Culture. En ce moment on y trouve des tonnes de nattes de raphias et des centaines de bidons d´essence. Sur ce terrain se situe également le bâtiment à trois étages  du bureau burkinabé des droits d´auteurs. Le C.S.A. Burkinabé.

Le bâtiment s´organise autour d´une cours intérieure verte et aérée. À la cafétéria des croissants sont en train d´être cuits et cela sent très bon.

Nathalie la secrétaire de direction nous accueille.

Martin et nous-mêmes aimerions atteindre les choses suivantes :

1. que Martin devienne membre du BPSB, de manière a pouvoir a l´avenir toucher de l´argent pour ses compositions

2. Que „Kparr Dirè“, la chanson de Schneider et de Martin soit enregistrés pour pouvoir être utilisée correctement.

3. Que Martin puisse faire enregistrer les deux albums de sont père de manière à toucher les droits d´auteur ou les droits sur l´enregistrement  le cas échéant.

Malheureusement les informations que nous avions reçues du représentant du BPSB a Gaoua étaient incomplètes. Pour l´enregistrement les cd de Kparr Dirè ne sont pas suffisant, il faut au minimum trois titres. Il a aussi besoin de deux photos d´identités une copie de son passeport contresigné par les autorités et une confirmation d´une radio que les chansons des deux cds ont déjà été diffusées au burkina.

Nous repartissons donc les taches : Martin et son cousin font les photos, la police et la radio , et Schneider et Julian font les cds.

À 11:00 nous nous retrouvons là-bas. Presque partout notre entreprise a été couronné de succès, à part la confirmation de la station de radio. Cela Martin doit le faire à Gaoua, car a Bobo les cds n´ont pas encore été diffusés.

Nathalie commence la procédure d´enregistrement.

Chaque titre est écouté et reçoit sa propre fiche avec l´instrumentation et toute les informations sur e compositeur, l´arrangeur, l´instrumentation etc.

cela dure des plombes mais le bureau est climatisé donc pas de problème.

Arved et Schneider ont essayé entretemps diverses endroits pour charger le film mais n´ont pas eu de succès.

Deux heures plus tard nous avons fini et partons pour l´hotel Ran pour y rencontrer Ran et Arved.

L´hotel Ran est un rêve d´architecture africaine des années 70, des couleurs franches et des formes explicites. Une élégance tape à l´œil avec laquelle on n’a pas de mal à s´imaginer comment Fela Kuti après un concert à Bobo est venu faire la fête en manteau de fourrure avec ses ladies.

Nous faisons une session photo avec Martin et Schneider, ensuite Martin doit retourner au bus et nous prenons congés pour plus longtemps, avec un peu de chance l´année prochaine.

Nous marchons à travers le centre-ville et visitons le marché, nous achetons nos tickets de bus pour le lendemain. Le soir nous sommes de nouveau à Samanke. Après avoir fêté la victoire de l´Algérie un Slam commence. Des artistes à tendance hip-hop présentent une ou deux chansons, du comedy ou du spoken word performance.

C´est politique et très intéressant, mais nous sommes épuisés, Wamian nous amène gentiment à un stand de « pains anglaises », où l´on peut déguster des toasts délicieux toute la nuit  puis nous ramène à la maison, dans trois heures nous devons à nouveau nous lever pour prendre le bus pour Bamako.



27 - 06 – 2014


nous prenons le bus à l´aube pour rejoindre Bamako.

Nous traversons de nouveau ces incroyables paysages : vert saturé, une terre des plus rouges et au loin de petites collines de vieilles roches.

Le passage de la frontière est devenue pour nous la routine : descendre du bus , marcher, remonter en bus , faire 50 m, redescendre, et tout cela 4 fois.

La douane malienne nous examine à la loupe cette fois ci. Tout nos bagages sont ouverts tout particulièrement le Gopro de Julian et le gorilla stativ d´Arved les intriguent. Nous ne pouvons dire s´ils cherchent des armes ou des équipements de journalistes ou s´il s´agit tout simplement de curiosité pour les techniques.

La pause de midi se fait à Bougouni. Ici , quatre routes se croisent : au nord vers Bamako ( où nous allons), à l´est Sikasso et Bobo ( d´où nous venons), au sud vers la cotes d´Ivoire et à l´ouest vers la Guinée (Conakry) où  ébola fait rage. La frontière est à peine à 80km  et après cela ce sont environ 80 km jusqu´au forét tropicales autour de Kankan, ou ébola se répand le plus rapidement.

Bien que la frontière soit (probablement) fermée, il n´est pas impossible avec un temps d´incubation de 21 jours que nous rencontrions une personne infectée à Bougouni. D´après MSF les zones de quarantaine ne sont plus étanches depuis longtemps. Nous utilisons assidument des désinfectant pour les mains.

La promiscuité et la cohue de Bamako nous dépassent rapidement. Les gaz d´échappement sont difficilement supportables après l´air pur de Gaoua.

Nous allons à l´hotel Tamana ou nous pouvons de nouveau dormir dans des chambres séparées. Le soir nous allons au Savanna. Nous avons mangé là avec Paul Chandler un steak si délicieux que nous y avons souvent pensé. La cuisine est vraiment excellente et planifiée et servie avec des exigences toutes françaises.

Mais l´atmosphère nous embête un peu plus. 70 % de la population y est française et (mais peut être cela n´est que le fruit de notre imagination) ne sont pas des clients mais plutôt des propriétaires.Cela se manifeste subtilement dans la manière de parler aux serveurs, dans la séparation quasi complète entre les tables « blanches » et les tables « noires » ou dans la manière de parler avec le groupe de musique ( noir), à qui l´on demande tout naturellement de jouer moins fort, ou bien à qu´il l´on prend micro pour souhaiter à quelqu´un son anniversaire.

Nous quittons l´établissement et allons quelques mètres plus loin au Diplomate. Aussi un « Maquis » mais ici, pas de français. Et ici le Symmetric Orchestra joue pour notre plus grand plaisir. Une musique vraiment géniale : kora, basse kora, batterie et chants.

Les mélodies cristallines du kora perlent dans l´air, et le chant est plein de nostalgie, nous sommes heureux.

Le groupe a un chanteur principal : zoumana Diabate, qui est régulièrement relayés par des invités.


28 - 06 – 2014


nous nous détendons toute la journée.

Le soir Schneider officie comme dj au coin rouge. L´ambiance y est fantastique et surréelle quand les clubbeur de Bamako commence a danser sur PAN SONIC.


29 - 06 – 2014


notre départ est prévu pour le soir et nous avons encore la journée devant nous.

Nous prenons le taxi pour la relax et voulons prendre un bon petit déjeuner.

Là où hier , la vieille du ramadan on mangeait à la chaine des tartes et autres confiseries il règnent aujourd´hui un calme absolu. Les étalages sont vides et nous sommes presque les seuls clients.

Après un café, un Shawarma et une salade nous voilà de retour à l´hôtel où l´on donne le foot à la télé dans le lobby. A part le personnel de l´hôtel et quelques femmes il n´y a qu´un Français que nous avions déjà remarqué la vieille à cause de sa consommation matinale de bière impressionnante. 

Et apparemment il a beaucoup d´amies ici avec lesquelles il disparaît de temps à autre.

Bientôt il est rejoint par un compère du même age qui communique avec lui en anglais. Nous regardons un match de foot ensemble et les deux hommes ont vraiment l´air de coloniaux saouls et paumés qui ont oubliés ce qu´ils étaient venus faire ici et où ils habitent.

Schneider qui est assis à cotés du nouvel arrivant essaye de  garder ses distances et dis à voix basse à Julian :

« ces deux mecs me pètent les couilles »

peu après l´homme dit :  « d´où venez-vous, et que faites-vous ici ? On rencontre rarement des civils allemands par ici... »

Schneider rougissant ne dit rien, Julian intervient.les deux hommes se révèlent être des officiers des nations unis qui sont déjà depuis quelques semaines à Bamako et qui d´après leurs propres dires ne savent pas très bien ce qu´ils font ici.

Tout évoluent très lentement et ils n´avaient pas d´autres programmes que d´attendre représentativement aux ordres venus d´en haut.

Le danger restait de voir se constituer dans le nord un état islamique radical armés jusqu´aux dents avec les armes de Gaddafis ( qui avant sa chute étaient vendus à bon prix depuis longtemps par l´industrie de l´armement française et allemande.) et qui menacerait le monde occidental.

Les Nations Unies étaient présente mais n´intervenaient pas, car la situation pourrait escalader par leur intervention.

Schneider raconte que 40 % de la population des états-unis appartient au christianisme radical des créationnistes et que cela pouvaient avoir un lien. l´officier allemand n´a jamais entendu parler de créationnisme.

Il n´est pas antipathique a l´air cependant paumé et boit encore quelque bière en écoutant l´histoire de notre voyage résumé. De nouveau nous pensons à Apocalypse now.

Sidibe  Boss arrive avec un taxi pour nous emmener à l´aéroport.

Nous partons chargés à bloc et après deux km nous entendons une explosion bruyante. Un des pneus arrière de la 190 d a explosé et nous devons nous arrêter.

Après que la tentative de changer le pneu dure trop longtemps Sidibe arrête un pickup, nous chargeons nos bagages dans la benne et fonçons en direction de l´aéroport.

Nous regardons encore et encore pour voir si nos bagages sont encore dans la benne.

Lorsque nous arrivons à l´aéroport nous apprenons que notre vol est retardé et nous nous préparons psychologiquement à passer les prochaines heures à dépenser nos derniers francs CFA dans le hall de l´aéroport pour du café et des cigarettes.

Nous sommes presque fauchés et ne pouvons accepter l´offre répétée d´un homme très gentil qui nous propose de passer les prochaines heures dans un lounge VIP climatisé avec des boissons fraiches et du foot.

Lorsque Julian se rend une fois de plus au guichet Air France pour avoir les dernières nouvelles, il apprend que notre avion n´aurait pas encore décollé de Paris à cause de complications techniques et notre vol allait être retardé de 24 h.

Après cela, s´ensuivent deux heures de négociations avec Air France sur l´organisation et le paiement d´une nuit d´hôtel et Julian se bat comme un lion pour que nous ne passions pas les prochaines 24 heures à l´aéroport, cela motive les autres à en faire autant ce qui déclencherait presque une révolte.

Nous partons en Taxi à l´hôtel international Olympe et après une tentative de diner tombons dans un sommeil nerveux dans des chambres aux fenêtres fermées et à la climatisation glacée et bruyante.




30 - 06 – 2014

Julian remarque au petit déjeuner, qu´il a égaré une valise avec du linge sale, des livres et d´autres affaires sans trop d´importance. Nous prenons le chemin du toit de l´hôtel pour une session photo expérimentale sur les terrasses couvertes de Bamako, que nous voulons arranger plus tard en film animé. l´hôtel se distingue par son architecture des années 60, ses pavillons aux toits de paille et ses piscines ovales. En dehors de nous et de quelques membres du personnel il n´y a personne et cela donne l´impression que nous sommes arrivée trop tôt sur le site de tournage du Truman show.

Sur le toit nous avons une vue sur tout Bamako. Des constructions pas finies, les habituelles constructions de tôles, les petits marchés, des parcelles avec des châteaux d’eau et des panneaux solaires pour la culture des légumes, des collines de déchets où des oiseaux et des hommes cherchent des choses à récupérer beaucoup de circulation et au loin le Niger bleu. Le contraste avec l´hôtel est spécial et nous espérons que à l´avenir il y aura e nouveau un tourisme lucratif à Bamako car la ville est bien préparée pour ça.

Après avoir passé quelques heures dans le lobby de l´hôtel à checker des mails, regarder du foot et vu arriver des membres d´une conférence des Nations Unies, nous repartons en fin d´après midi en direction de l´aéroport en taxi , dans l´espoir de pouvoir enfin rentrer à la maison car nous sommes assez épuisé par ce voyage intensif.

A l´aéroport il y a de nouveau une longue file d´attente devant l´entrée ou tout les bagages sont déjà scannés et nous rencontrons les deux officiers norvégiens qui la vieille nous avaient proposé de venir à leur camp si nous ne trouvions pas d´hôtel pour la nuit.

Nous attendons ensemble la suite des évènements, et un des norvégiens nous explique la difficile situation du Mali.

Beaucoup des Messieurs en costumes cher qui font la queue avec nous sont de riches passeurs, qui amènent des réfugiés sur les bords de la méditerranée et qui les font passer avec de petits bateaux vers l´Espagne et l´Italie.

Les réfugiés qui survivent au voyage et arrivent à poser le pied en Europe, passeront le reste de leur vie à donner 90 % de leur revenues à ces passeurs, et c´est a cela que ressemble l´esclavage moderne en Afrique.

L´image que l´Afrique se fait de l´Europe où il y a de tout en abondance pour tous est dispensée par ces hommes auprès de population pauvre, les réfugiés sont trompés de toute part. La réalité pour eux en Europe a un tout autre visage.

Nous avons aussi eu pendant notre voyage le sentiment que l´image que l´on avait de l´Afrique ne correspondait pas avec notre expérience et nous nous demandons à quoi cela est due.

Naturellement l´Afrique est un continent immense avec des pays et des cultures extrêmement différent, mais durant les 4 semaines de notre voyage nous n´avons pas rencontrés une seule personne qui ne soit chaleureuse et serviable à notre égard, et cela nous ne nous y attendions pas.

À ce moment le chauffeur de taxi de la vieille au soir tape par derrière sur l´épaule de Julian et lui donne en souriant son sac ainsi que tout son contenu que Julian a oublié dans le taxi. Nous le remercions chaleureusement et lui donnons nos derniers francs CFA et nous sommes très  touchés car cela ne serait jamais arrivé à Berlin.

Nous nous envolons pour l´Allemagne en passant par Paris et nous arrivons a Berlin , qui nous fait une autre impression qu´avant notre voyage.

Kparr Dire`- apprendre en voyageant.

[ à l'aéroport de Bamako ]

[ Julian, Arved, Sidibe & Dirk ]

[ „Coin Rouge“ ]

[  Notre maison a Bamako ]

[ George ]

[ Marché du féticheurs ]

[ Konan Kouassi ]

[ „Studio Mali“ ]

[ „Le capitaine“ ]

[ „Point G“ ]

[ Field Recording ]

[ site de Sufi sur la rivière ]

[ concert de Ben Zabo ]

[ Susanne / bus à Bobo ]

[ maisons traditionnelles / „Eden“  / 190 D]

[ „Villa Bobo“ ]

[ Mais ]

[ Cheik Chow dans le Samanké ]

[ Wamian, son père et la famille ]

[ Bobo-Dioulassou ]

[ vieille ville ]

[ La vieille mosquée ]

[ l‘atelier des Issouf Keita ]

[ Hakali et son ensemble ]

[ millet pour dolo ]

[ Boromo arrêt de bus ]

[ Issaka Yameogo ]

[ pas de fata morgana ]

[ Field Recording ]

[ Gaoua ]

[ „Le capitaine“ ]

[ Niger ]

[ mutton et café tuba ]

[ Genio ]

[ Martin & son mère ]

[ Kambiré Tiaporté ]

[ Roland ]

[ le vieux balafon de Tiaportés ]

[ Christian & Aime ]

[ Aime ]

[ Somda ]

[ Aisha / Coupe du Monde ]

[ Auberge Donsamby ]

[ Le village Batiè ]

[ Somda, deux femmes et le group „Le Rouge“ ]

[ marché à Gaoua ]

[ Audrey ]

[ lieu de naissance de Coucou ]

[ Dolo ]

[ une école ]

[ la maison de Tioionté avec un vieux tam tam]

[ Palé, le fils de Tioionté ]

[ Martin, Justin & Coucou ]

[ la tombe de Tioionté ]

[ la veuve de Tioionté ]

[ la tombe de Hien Bihoulètés ]

[ la tombe de Kambiré Tiaportés ]

[ la tombe de Da Gboro Alé ]

[ la tombe avec des pots et chime de balafon ]

[ la célébration morts pour le père de Christian ]

[ l‘administration régionale ]

[ Monsieur Traoré ]

[ Loropeni ]

[ la tombe de Pale Nene ]

[ l‘adieu de l‘auberge ]

[ Semaine National de la Culture ]

[ l‘hôtel Ran ]

[ Le Diplomat ]

[ DJ Schneider TM ]

[ changement des pneus sur la route à l'aéroport ]

[ le vol a été annulé... ]

[ hôtel Olympique ]

[ à l'aéroport ]